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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 19:56

 

Qu’est-ce que cette sphère médiatico-politique qui nous chante l’Europe, alors qu’il est question d’U.E., et par extension d’Otan !

Des septuagénaires armées de parapluie à la solde de Moscou, au grand retour de la Guerre froide, la dangereuse intox médiatico-politique qui « couvre » littéralement ce qui se passe en Ukraine et ce qui s’y joue, révèle quelques mécanismes discursifs de la vassalisation des esprits.

Décodage.

 

1)   Des septuagénaires armées de parapluie à la solde de Moscou !

Commençons par ce que nous a raconté le journal France 3 du 2 mai 2014. (Il faut le voir pour le croire !) : on en est aux ukrainiennes septuagénaires et russophones armées de parapluies comme agents de Moscou !  Agents dont la mission serait de déclencher « l’étincelle » nécessaire à Poutine pour envahir militairement l'Ukraine ! Car, n’est-ce pas, il est évident qu’il n’attend que ça ! En tout cas, grâce aux médias dominants de ce pays, c’est vrai, c’est largement entendu !

A moins que ce n’ait été un trait d'humour pour ridiculiser la grande chorale des adeptes de la théorie du retour de la guerre froide ?
Raté : il aurait fallu un peu plus de fond. Par exemple comme l’a fait cette télé allemande… début mars !

Et ce n’est pas tout : les soi-disant « prisonniers » de l’OSCE (faux !), les soi-disant 15% de participation au référendum en Crimée (LCP 07 mai) une info en l’air. Et j’en passe !

Et des experts défilent pour tenter d’expliquer la mystérieuse défiance du « public » pour les médias et les journalistes ? Et maintenant pour l’Europe ?


2)   Du un contre tous, au tous contre un…

La réponse est pourtant évidente : moi, « public », j’en ai assez d’entendre en boucle que la grande et gentille démocratie pacifiste des « occidentaux » (quésaco ?) est menacée par la dangereuse ambition impérialiste d’un seul homme : en ce moment, Poutine !

C’est quoi cette manie qu’ont nos « élites » d’opposer systématiquement un homme seul -- le grand méchant Tyran : Hussein, Khadafi, Assad, Chavez, maintenant Poutine, et j’en passe --, au trombinoscope nébuleux de la « démocratie occidentale », de l’« Occident », des « Occidentaux » (dont on ne sait pas qui ils sont eux au juste, comme d’ailleurs les « européens »…) ?

Elles ont réactivé le vieux mécanisme du bouc émissaire pour focaliser l’attention des foules sur des « monstres » afin de cacher les guerres économiques qu’elles ne cessent de fomenter – ou de subir ? (Car le Tafta, par exemple ? Il est sorti d’où ? De qui ? Quand ? Qui décide ? De quoi ? Au nom de qui ? Pas de moi, en tout cas, mais pour moi, si !)

De l’art de générer des « monstres » en manipulant les mémoires collectives…

Ces désignations mondiales de boucs émissaires mondiaux (vu que toutes les télés relaient) jouent sur quoi ? La mémoire collective des crimes contre l’humanité perpétrés par Hitler, l’archétype même du « monstre total et puissant » ! Quel meilleur épouvantail pour que le « public » consente à l’idée qu’il n’y a pas d’autre choix que de tout faire pour les détruire ces « monstres » ! Et peu importe s’il faut, comme Colin Powell, brandir de fausse preuves de leur folle capacité de nuisance devant le monde entier ! Et tant pis pour la désolation des peuples derrière : Irak détruit, Lybie détruite, Syrie aux mains des djihadistes…

La « nuance  soviétique » de Poutine : où l’art de coaguler les clivages historiques…

Sauf qu’avec Poutine cette rhétorique se heurte à un os : les peuples de l’ex-URSS ont payé un tribut de 27 millions de morts pour libérer le monde du nazisme. Ce que les « Occidentaux », ont tendance à « oublier », eux qui doivent leur salut à l’Amérique !…

Que cela ne tienne, il n’y a qu’à manier, cette fois, la mémoire collective de l’impérialisme soviétique et de sa terrible figure stalinienne !

Et roule la Sphère : « retour de la Guerre froide », « énorme réarmement de la Russie : 108% » (en oubliant d’où cette armée partait : de rien….), et jusqu’aux « mamies espionnes aux parapluies » !...
Mais avec une petite dose de nazisme quand même, hein ? Et allez, on répète que le passage par référendum, et à sa demande, de la République de Crimée de l’Ukraine à la Russie est la répétition de l’Anshluss (coup d’Etat militaire par lequel Hitler s’annexa l’Autriche contre son gré).

Et, hop, la boucle est bouclée ! La Sphère peut nous rouler !
Une fois ces deux mémoires (URSS / Nazisme) projetées sur son épouvantail Poutine, la
Sphère peut tranquillement transformer les rebuffades antinazies de l’Est en nostalgie de l’URSS, preuve de l’impérialisme Poutinien, tout en minimisant à plus soif les exactions de son gouvernement et des milices paramilitaires néo-nazies de Secteur Droit (Odessa, Mariupol, etc…).

Elle peut le faire : à force de crier au loup, le « public » n’y croit plus ! (Et ça c'est un danger dont la Sphère a la responsabilité...)
Et, hop, la boucle est bouclée !

Et l’autre pôle de la Guerre froide, on oublie ? Oui, puisque c’est la liberté !

Pourquoi tous ces plateaux d’experts qui, à propos de l’Ukraine, font une fixette sur Poutine (en oubliant le désastre qui frappe le peuple ukrainien), ne rappellent-ils jamais ce qu’ils ont faits, eux, les Etats-Unis, depuis le fort paisible démantèlement de l’ex-URSS ?

La réponse est évidente : parce que c’est justement la version américaine de la mémoire de la Guerre froide – la défense de la liberté - qui a « justifié », en violation des promesses faites à Gorbatchev, que l’Otan se soit, non seulement maintenu, mais élargi au point, qu’aujourd’hui, les frontières occidentales de la Russie sont entièrement bordées par ses bases militaires !

Bref, l’impérialisme américain et celui de l’Otan auquel la France s’est rattachée (comme la plupart des autres membres de l’U.E[i] ), se trouve d’autant plus « justifié » par la réactivation de la mémoire de la Guerre froide versus « Occident », qu’il s’est désigné un ennemi idéal dans la figure de Poutine !

Et hop, la boucle est bouclée ! La Sphère peut nous rouler !

« L’Europe c’est la paix » ou l’U.E comme repoussoir idéologique des traumatismes de la seconde guerre mondiale

Et l’U.E, qu’elle est sa justification discursive ? La seconde guerre mondiale ! C’est au nom du « plus jamais ça » suscité par cette guerre et la catastrophe du nazisme que l’on a érigé cette U.E. sur laquelle personne n’a plus aucune prise et dont la crise syrienne , et plus encore celle de l’Ukraine, démontrent l’impuissance politique, si ce n’est sa dangerosité.

Pourquoi cette impuissance organisée ? Parce que nous sommes restés en boucle sur l’idée que « l’Europe c’est la paix », en confondant cette « grande idée de l’Europe » de l’après-guerre avec la construction d’un système économico-administratif a-politique et a-démocratique : l’U.E. Un système qui, dangereusement coupé de ses bases, autant dire de la vie, a fait de la « grande idée de l’Europe » sa tour d’ivoire idéologique, tout en se laissant coloniser par un fatras de lobbies, notamment américains (immanquable quand on n’a pas d’assise populaire). (On creusera ce point sans un autre article)

Conclusion : les « grandes démocraties occidentales » ont promu le « tous contre un » en manipulant leurs mémoires collectives…

Or, une fois les mémoires emblématiques de liberté (Etats-Unis) et de paix (U.E ) hybridées par l’Otan, le conglomérat -Etats-Unis/Otan/U.E – peut fantasmatiquement devenir la « grande démocratie occidentale » ayant vocation à défendre la liberté et la paix dans le monde, dont l’homme Poutine peut être présenté comme l’exacte antithèse ainsi que vu plus haut.

Et hop, la boucle est bouclée ! Voilà « l’Occident » autorisé à pousser des cris d’orfraie quand la Russie masse ses troupes à l’intérieur de ses propres frontières devant l’approche de trop de l’Otan (et non à l’extérieur et de manière impérialiste comme l’Otan) ! Mais, elle concèdera,de-ci, de là, que Poutine puisse se "sentir" menacé : parce que "sentir" c'est subjectif...

 Et tant pis pour les faits ! La Sphère peut encore nous rouler !

3- Derrière ces discours de « liberté » et de « paix », de brutaux intérêts économico-militaires…

Revenons maintenant à l’Ukraine et à la fière avancée démocratique que l’U.E. a prétendu lui offrir en s’efforçant, depuis des années, de lui faire signer un « Accord d’association » !

Une « avancée démocratique », vraiment ?

En vérité cet accord est un traité de libre-échange incompatible avec son union douanière avec la Russie. Au nom, encore, de la soi- disant Guerre froide actuellement en cours ?

« Avancée démocratique » alors qu’à peine passé le putsch (23 février 2014) qui a destitué son président élu (qui fin novembre 2013 l’avait estimé contraire aux intérêts de son pays), l’U.E s’est empressée d’en faire signer le volet politique par un gouvernement putschiste à forte composante néo-nazi, et ce en toute connaissance de cause (21 mars) malgré ce que raconte la Sphère ? Et ce tandis que la Commission européenne s’empressait de lui accorder un prêt d’un milliard d’euros, sans consulter le parlement européen , au motif de l’urgence de la situation (19 mars 2014) ?

Quelle urgence ? L’U.E. ne pouvait pas attendre les élections du 25 mai, pour signer cet accord avec un gouvernement démocratiquement élu ? Pourquoi cet empressement alors que les experts de Sphère avaient « démontré » que les néo-nazis n’avaient eu que 11% aux précédentes élections avant de clore le sujet ?

Et maintenant, est-ce dans l’espoir que ces néo-nazis seront démocratiquement évincés et qu’elle en sera « blanchie » que l’U.E. veut à tout prix maintenir les élections du 25 mai, alors que le sang coule en Ukraine ? Ou pour une autre raison du même acabit ?

A qui profite ce « crime démocratique » ?

Essentiellement aux Etats-Unis. Démonstration.
La vérité c’est que, grâce à l’intervention pleine de sollicitude démocratique de l’U.E. envers l’Ukraine (et de 5 milliards de dollars américains pour y développer des « institutions démocratiques »), la multinationale américaine ExxonMobil a fini par s’imposer pour exploiter ses ressources en gaz et en pétrole, au détriment d’une compagnie russe.

Tout bénef, puisque si, Sphère aidant, l’U.E. se fâchait avec la Russie ses « membres » n’auraient d’autre choix que d’acheter du gaz et du pétrole américains !

Que l’Otan n’ait pas pu mettre la main sur la base militaire russe de Crimée (rhétorique de la Guerre froide), n’a pas donc pas empêché les affaires ! Est-ce parce que l’est de l’Ukraine est bourré de bien d’autres richesses - fer, houille (4eme d’Europe), métallurgie, terres arables (22% de l’Europe), que le FMI presse le gouvernement non élu de garder l’est dans son giron coûte que coûte, sous peine de voir son aide réduite et tant pis pour le sang versé  ?

Bref, ces richesses étant jusque-là exportées en priorité vers la Russie qui n’a, évidemment, aucun intérêt à y renoncer, quoi de mieux pour les intérêts de la « grande démocratie occidentale » qu’un accord d’association conçu pour couper l’Ukraine de la Russie ? Capito ?

Et tant que les esprits se laisseront aveugler par ces mots « en l’air » distillés par la Sphère, ils n’y verront que du feu !
Et hop, la boucle est bouclée… !

Sauf que, cette fois, "la grande démocratie" qui les distille s'est pris les pieds dedans. Et bien !
Parce que ni court-termisme, ni rengaines idéologiques ne dominent l'autre côté  du "rideau de fer médiatique aveuglé et aveuglant" qu'elle a tiré devant les esprits : les  "viriles" sanctions contre le "péril Russe" dont elle nous a abreuvé les oreilles viennent d'être magistralement retournées contre U.E. et U.S ! 20 milliards de dollars dans la poche de la Russie !
Mais là dessus, silence, hein ?

« L’Europe c’est la paix », un cache misère ?

Quel intérêt a l’U.E. qui clame partout que « L’Europe c’est la paix » à jouer ainsi contre la Russie, soit contre l’Europe elle-même (historique, culturelle, politique, économique… qui n’a rien à voir avec l’U.E…), c’est-à-dire contre elle-même ?

Masquer l’impuissance politique, militaire et bientôt économique (avec Tafta) si ce n’est culturelle, à laquelle l’a conduite son idéologie anti-nations par un impérialisme de second ordre ? En se faisant le cheval de Troie de la « grande puissance » américaine, à défaut d’en être une ?

Mais ma pauvre U.E. ! A force de te payer de mots, tu te fais blouser !… L’oncle Sam regarde déjà ailleurs…
Et quid de la dignité et de la colère de tes soi-disant citoyens, complices malgré eux de tout ces fatras !

31 /05 : La même chose autrement : ici. Le libéralisme ("société ouverte") a besoin de se fabriquer des ennemis décrits selon des idéologies passées ("société fermée" : communisme, fashisme, nazisme) pour ne pas imploser... C'est là le sens de la guerre contre la Russie. Ne nous laissons pas prendre à ce piège...

Suite au prochain numéro !

PS : toutes les infos concernant les néo-nazis au pouvoir à Kiev, le « déni » de la Sphère à ce sujet, les crimes d’Odessa, Mariupol, etc, sont disponibles sur lescrises.fr d’Olivier Berruyer. Un site de référence sur le sujet, et sur la crise financière…



[i] Les pays à la fois membres de l’U.E et de l’Otan :
Allemagne, Belgique, Bulgarie, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, France, Grèce Hongrie, Islande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Pays Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume Uni, Slovaquie, Slovénie.

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Published by Amada et Amado - dans Le laboratoire d'Amada
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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 14:00

L'Hydre de  Lerne
nouvelle image de la domination 

(Ou comment penser un monde devenu impensable...)

Initialement mis en ligne le 04/10. Et j'ai le grand plaisir de vous informer qu'il vient d'être publié sur Agoravox ce 17/11/09.
Le revoici donc avec quelques petits ajouts.  A l'occcasion de la publication de la suite de cet article sur Agoravox le 01/03/2011 (et sur mon blog le 09/03/2011), je remets cet article en avant en ce 09/03/2011.
 Er vu ce qui se passe, encore ce 13 mai 2014

*** 

"Mondialisation", "financiarisation", que recouvrent ces mots rabâchés si ce n'est une situation sans précédent historique qui nous pourrit littéralement la vie ? D'énormes concentrations financières permettent à quelques entreprises transnationales de déployer leur emprise à l'échelle de la planète sous la forme illusoire d'une multitude de "boîtes" dont la diversité apparente ne fait que masquer la commune racine

Si science-fiction et littérature ont classiquement utilisé l'image de la pieuvre pour illustrer ce genre d'emprise, cette figure est désormais inappropriée et à vrai dire trop sommaire.
Nous n'en sommes plus à : "Dans l'ombre une seule tête dirige une multitudes de tentacules sans têtes."
Mais à : "Dans la lumière plusieurs têtes sifflantes apparemment indépendantes les unes des autres, obéissent, dans l'ombre, au même corps d'intérêt."
Pour comprendre ce qui se trame dans le monde d'aujourd'hui, il faut intégrer ce renversement de perspective.
Une figure le permet à merveille : l'Hydre de Lerne issue de la mythologie Grecque.

Quoi de mieux pour rendre compte de l'opposition actuelle entre ce qui "se voit" (une multitude d'entités officielles, apparemment distinctes et indépendantes les unes des autres) et ce qui "ne se voit pas" (l'unité d'intérêt qui relie toutes ces entités "par en dessous") que ce monstrueux serpent des marais doté de plusieurs têtes (1, 9 ou 1000 selon les versions) ? (Et mieux, de plusieurs têtes qui chaque fois qu'elles étaient coupées, repoussaient en double !)

 

*** 

Filons la métaphore  point par point.

1- Un monstre des marais : désigne un monstre vivant dans un milieu obscurément fécond, labyrinthique et fermé (le marais), agissant "par en dessous". N'est-ce pas ce qui se passe à tous les niveaux de pouvoir, aujourd'hui à une échelle mondiale inédite ? (Un "petit" exemple parmi d'autres à plus grande échelle.)

Un monstre ne pouvant être "vu" que par ceux ou celles capables de s'avancer dans les bas fonds et le malsain (les marais), voire de plonger sous la "surface" au risque de leur vie. Selon le mythe Grec, en effet, les voyageurs qui s'aventuraient dans les marais de Lerne y périssaient. (Un "petit" exemple contemporain et ses "petites" conséquences).


2- Un seul monstre, mais plusieurs têtes 
: montre clairement que plusieurs pôles (les têtes), apparemment séparés les uns des autres, apparemment sans lien (Etats, partis politiques, organismes financiers, que sais-je), peuvent n'être que des extensions d'un seul "corps"(d'intérêts).  Exemples : à qui appartient la presse française ? Qui finance les syndicats ? Quid de l'influence d'intérêts privés au sein des institutions publiques ? Quid des holdings ? Quid des divers emballages sous lesquels un seul et même produit est décliné en plusieurs produits soit-disant en concurrence ?
Mais revenons à la surface des choses, à ce qui "se voit", la "diversité" : pour les démocrates que nous sommes, cette "diversité des choix" n'est-elle pas le gage, la preuve  et la garantie de notre liberté ?... Et oui...

3- Un monstre à plusieurs têtes :
dont par conséquent on ne sait pas qui le dirige au juste, capable de multilocalisations, auquel on ne peut pas dire ses quatre vérités en face, qui peut sans dommage se contredire, prétendre qu'il n'y est pour rien et ne fait qu'obéir à la tête voisine (un expert mandaté par exemple). Etc. L'actuelle "organisation" des hot-lines et autres centres d'appels reproduit à son niveau le même principe avec une redoutable efficacité  : leurs pratiques nous imposent (autant qu'elles nous habituent à) une dérégluation d'autant plus redoutable qu'elle est fondée sur des contrats passés avec "personne".
Selon certaines analyses, nombre des récentes séquestrations de patrons qui ont eu lieu en France ont été provoquées par le fait que les employés n'avaient personne à qui valablement s'adresser : aucun "responsable" en face d'eux. C'est d'ailleurs le cas au niveau des emm… quotidiennes de chacun : il n'y a souvent personne en face ! Ce que la philosophe Hannah Arendt appelle le règne de l'Anonyme (Du mensonge à la violence).
 

4 - Quand on en coupe une tête, il en repousse deux : on a beau les attaquer, dénoncer les scandales, les têtes du "on" non seulement repoussent ("on" les renomme à la tête d'autre chose, d'où ces va-et-vient incessants entre privé et public,) mais se multiplient via sous-traitances, délocalisations, sous-marques, sociétés écrans, segmentation croissante des "spécialisations", etc.
 

5 - "Milieu fermé" et "têtes qui se multiplient" pris ensemble ne reflètent-ils pas à merveille  (ce qui, je l'espère, n'aura échappé à personne) que, dans notre société, les postes de pouvoir (finances, médias, politique donc) sont désormais réservés aux enfants de ceux qui les y ont précédés? Bref que ces milieux se reproduisent entre eux (rien de nouveau) et que la courte étape vraiment démocratique de notre histoire est désormais révolue, au profit de nouvelles oligarchies ? (En 2006 1% des personnes les plus riches détiennent 40% des richesses mondiales selon l'ONU)
 

 ***

Si pour résoudre un problème, il faut d'abord le regarder en face et l'accepter, aujourd'hui où regarder ? Que voir ? (Une vidéo de Hillard pour "apercevoir" l'Hydre mondiale).

Des formes économico-médiatico-politiques "multitêtes" qu'il nous est encore difficile d'appréhender comme un tout, dont nous avons du mal à saisir synthétiquement la vie, les mouvements, les torsions. Bref des alliances multipolaires qui, pour l'heure nous acculent à  de l'impensable.
En effet, cette hydre du "on"  n'a-t-elle déjà et n'aura-t-elle pas des effets potentiellement si monstrueux qu'il est peu supportable de les envisager? C'est cela qu'il nous faut maintenant avoir le courage de regarder.

*** 

Un fléau pour la contrée.

Outre que les voyageurs qui s'aventuraient dans son marais y laissaient leur peau, l'hydre était un véritable fléau pour la contrée dont elle ravageait les récoltes et les troupeaux. Autrement dit, elle était source de "crises alimentaires", ainsi qu'en produisent les nombreuses spéculations à échelle mondiale sur les prix des denrées de base comme le blé, le riz, etc,  et maintenant les terres cultivables, via cet autre organisme "multitêtes" qu'est le trading par web interposé Sans oublier les politiques menées par la Banque mondiale et le FMI :
 > Je résume En recommandant aux gouvernements du Sud de supprimer les silos à grains qui servaient à alimenter le marché intérieur, ainsi que les organismes de crédit public aux paysans au profit des prêteurs privés , ils ont provoqué l'endettement massif des petits paysans (Inde, Nicaragua, Mexique, Égypte ou Afrique subsaharienne etc.). En poussant les pays tropicaux à réduire leur production de blé, de riz ou de maïs pour les remplacer par des cultures d’exportation (cacao, café, thé, bananes, arachide, fleurs...), ils ont réduit les productions vivrières locales. Bref la perte de souveraineté alimentaire est devenue un phénomène mondial.
Résultat, aujourd'hui, sur la planète, 1 habitant sur 6 souffre de la faim et on vient de dépasser le milliard. Un phénomène croissant depuis 10 ans...
Et pas seulement hors Occident : ils sont 49 millions (une petite France) aux Etats-Unis.

Une source d'émanations toxiques, au nombre de deux
.

1 - Son haleine : émanant de ses différentes bouches, l'haleine de l'hydre était un poison capable de tuer quiconque la respirait.

Bien sûr, on pourrait à ce propos se contenter d'évoquer la pollution mortifère de l'air (par le gaz, la radioactivité, l'essence, et autres produits chimiques).

Mais je préfère creuser plus profond. Car, cet autre souffle qui sort de nos bouches qu'est la parole peut elle aussi détruire et tuer, et ce à aussi grande échelle.

Combien de mensonges  y inclus "institutionnels" ont-ils conduit de gens à leur perte ? A la faillite ou au surendettement par exemple ? A tomber malades après s'être laissés convaincre (par de bienveillantes "campagnes de prévention") de se faire vacciner ou d'avaler telle potion?
Ou  pire, au suicide ainsi que c'est actuellement massivement le cas par exemple en Inde chez les cultivateurs de coton ruinés par Monsanto et ses OGM, à la suite de campagnes télévisuelles convaincantes ? Etc. 

Sans parler de la désinformation  économique et institutionnelle (des traités illisibles) perpétrée par des déclarations ignorantes, délibérément trompeuses, ou incompréhensibles. (Et ces mots "étranges" comme "gouvernance" (sans gouvernement situable ?) ou "travailleurs pauvres" (exploités ?)....?)
Exemples.
A- Un discours largement dominant assène :  La dérégulation totale est un bienfait pour l'humanité. Elle favorise  la "libre concurrence" et donc la baisse  des prix.  Réponse des faits (reléguée dans le silence) : les "concurrents" se mettent d'accord pour créer la pénurie et ainsi faire augmenter les prix.
B- Que penser d'un gouvernement poussant, à grand renfort de "primes" et de discours héroïques de relance, sa population à acheter (à crédit bien souvent) des voitures et des biens immobiliers que sa politique grèvera six mois plus tard, au nom, cette fois, de la grande cause de l'environnement, de taxes et d'obligations vertueuses ?
 

2 - Son sang : c'était un poison qui, versé dans les fleuves, en rendait les poissons mortels à la consommation. Cela bien sûr évoque le mortifère pillage des mers, le dangereux épuisement des eaux potables et l'accumulation de toxiques dans les poissons, auxquels conduit l'avidité humaine. Ou encore le possible empoisonnement terroriste, irresponsable ou mafieux de populations entières par le biais de l'eau, du virus ou du sang.

Mais tout comme l'haleine peut évoquer le souffle de la parole, le sang, est le siège de l'âme selon de nombreuses traditions spirituelles.

D'où que l'on puisse aussi s'interroger sur les conséquences psychiques, mentales, morales et culturelles des multiples formes de manipulation (marketing, mensonges, discours visant à rendre "la confiance aux ménages" en dépit des faits, etc) commises par le "on" dont il est ici question.

Vers quoi le nivellement "par le bas" et l'adhésion émotionnelle promus par les médias de masse — au détriment de la réflexion et du dialogue argumentés, bref de la raison, de la conscience, de la liberté — nous mènent-ils? ( Ce "doux" — parce que ludique — torpillage psychique et intellectuel des peuples...) Quelles conséquences pour nos capacités à comprendre ce qui se passe vraiment sur cette planète, et donc à décider conjointement d'y mettre un terme ? 
> D'où un appel (université de Louvain) à redonner sa place à la culture ! 
Et comment ne pas voir qu'à force de nous faire "avaler des  couleuvres" l'haleine nocive de l'Hydre se répand partout ? Que les langues de vipère se multiplient, que "ça" siffle" de tous côtés ?

Sans oublier le caractère très contagieux du principe "multitêtes" de l'hydre ? Combien d'internautes naviguent-ils, bloguent-ils, commentent-t-ils aujourd'hui en signant d'un ou plusieurs pseudos ? Quelles conséquences sur le psychisme des individus et des relations inter-individuelles cette pratique induit-elle ? (Moi-même je n'y échappe pas. Amada est un "pseudo", une autre moi-même qui, bien que j'en use comme d'un masque - une sorte de marionnette en somme- existe de plus en plus en tant qu'elle-même).  
Surtout que nous dit-elle ? Qu'aujourd'hui règnent la spécialisation et "l'expert" (une tête bien distincte de celle de l'expert voisin) et qu'un professeur d'économie féru d'astrologie par exemple, serait immédiatement  discrédité par son ouverture d'esprit.

Autrement dit, nous cultivons une approche parcellisée du monde nous empêchant  de "voir" ce qui se trame et d'envisager des réponses globales et cohérentes. (Pour exemple le lancement des biocarburants présentés comme solution miracle à la "crise énergétique" alors que leur culture massive entraînerait une crise alimentaire mondiale sans précédent...)

***

Une figure, certes, mais réaliste 

Si la métaphore de l'Hydre fonctionne, les faits inédits dont elle permet de rendre compte n'ont rien du mythe : la destructuration massive des Etats nationaux qu'ils ourdissent ne s'apparente-t-elle pas à une sorte de coup d'Etat mondial invisible, mou et sournois ?
Il est urgent de "voir" que nous nous enfonçons dans une forme inédite, mondiale et peu visible, de féodalisme, avec de nouveaux seigneurs et de nouveaux serfs (les "grosses boîtes" et leurs sous-traitants par exemple). Actuellement 500 entreprises transnationales contrôlent 52% du PIB mondial...

Loin d'être les marionnettes d'un seul et unique centre dirigeant (figure de la pieuvre), l'ensemble actuel des entreprises et institutions multi et/ou transnationales doivent être appréhendées comme faisant secrètement corps en "accordant leurs violons" autour  d'un seul intérêt commun — le profit — afin de s'assurer mutuellement une emprise financière croissante sur tout. Etats inclus. 

Si "diviser pour règner" est un adage classique du pouvoir, l'Hydre s'y emploie sous une forme inédite : en opposant ostentatoirement ses têtes, pour mieux faire oublier qu'elles visent le même objectif (exemple). Bref, elle  est l'illustration parfaite du phénomène mondial croissant de la corporatocratie.
Se laisser fasciner par les oppositions, les conflits et les sifflements de surface (y inclus la multiplication des "droits à la différence", mesures d'exeption, etc.), c'est jouer son jeu au détriment de l'essentiel : le bien vivre ensemble.
 

*** 

Que faire ? Rassembler les forces et les intelligences.


C
e constat fait, la question est : que faire ? Comment ? Avec qui ? Quand?
Question d'actualité vu le nombre de regroupements et d'associations tentant d'y répondre.

Mais tant que ces groupes de bonne volonté resteront séparés les uns des autres, tant qu'ils œuvreront chacun dans leur coin, il ne leur sera pas possible de "faire corps", il n'auront ni
la force, ni la coordination nécessaire pour affronter efficacement l'Hydre et mettre un terme à son règne. Pour y parvenir, il leur faudrait, eux aussi, rassembler leurs têtes, s'unir et s'ancrer dans un intérêt vital commun. Lequel ? A lire leurs publications, un point revient sans cesse : l'argent-dette

Dans la mythologie, en tout cas, l'hydre ne fut pas vaincue par une multitude d'attaquants, mais par une seule entité nommée Hercule. Un héros dont il serait peut-être judicieux pour notre avenir d'examiner  les caractéristiques, les armes et l'action.

 

Ce sera pour une autre fois. Suite au prochain numéro.
Mais d'ores et déjà à noter : l'appel des survivants d'Auschwitz à une Europe faite pour le peuple par le peuple, contre celle des lobbies pharma, chimie et autres Codex. Il faut dire qu'ils ont, eux, la mémoire des mesures hygiénistes (éradiquer les "parasites" et autres gales) qui les ont envoyés au calvaire !

  

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 13:45

 Le-laboratoire-d-Amada.jpg

J'ai la joie de vous signaler que cet article a été publié sur Agoravox le 01/03/2011. Vu ce qui se passe je le remets en avant ce 13 mai 2014, dans la suite du précédent.

Les formes de la domination ont changé. Dans un article de 2009, (sur mon blog), j’avais proposé une créature de la mythologie grecque pour mettre en lumière ces nouvelles formes : celle de l’Hydre de Lerne. En effet, nous n’en sommes plus à : "Dans l’ombre une seule tête dirige une multitude de tentacules sans têtes", image de la pieuvre. 
Mais à : "Dans la lumière plusieurs têtes sifflantes, apparemment indépendantes les unes des autres, obéissent, dans l’ombre, au même corps d’intérêt », figure même de l’Hydre. Comment venir à bout de ce système qui nous broie ? Quelles erreurs éviter, quelles stratégies adopter ? Enfin et surtout, qu’est-ce qui peut, enfin, nous faire réagir ? C’est l’objet de ce second article.

D'abord mis en ligne le 01/03/2011 par Agoravox, je relaie cet article sur mon blog en ce 09/03/2011.(En casse courrier des ajouts "après coup").

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Pour rappel : l’Hydre,  image de l’oligarchie mondiale.

L’Hydre de Lerne ravageait récoltes et troupeaux. Son haleine était si toxique qu’elle tuait quiconque la respirait. Son sang répandu dans les fleuves rendait les poissons mortels à la consommation. Une métaphore parfaite de l’insaisissable oligarchie mondiale actuelle : cause de crises alimentaires, ses discours et sa propagande (haleine), ainsi que ce qui l’anime (son sang), génèrent partout une pollution physique (air, eau), intellectuelle (haleine) et psychique (sang) extrêmement mortifères et pour la terre et pour l’humanité. Mais parce que personne n’est à sa tête, parce qu’elle se présente comme multiforme, parce qu’elle met en scène des désaccords apparents (à la surface, dans l’air, ses têtes sifflent, « on » s’arrête aux petites phrases), il semble que personne ne puisse rien contre elle. (Je renvoie ceux qui voudraient suivre cette métaphore de plus près à mon article précédent). Selon la mythologie, seul Hercule pu en venir à bout.

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Hercule : un héros, fils de Zeus.

Avant d’examiner comment il s’y prit demandons-nous : qui était Hercule ?

Tout d’abord, un héros, c’est-à-dire un être pour partie divin (fils de Zeus, chef des dieux de l’Olympe) et pour partie humain (fils de la mortelle Alcmène). Autrement dit un être ancré dans une filiation spirituelle, un « fils de dieu ». Ce premier élément de réponse est très clair : pour s’attaquer à l’hydre, il faut en avoir le courage « surhumain ». Pour risquer sa peau, il faut voir plus loin que le bout de son nez, être ancré dans une transcendance : l’intérêt général, celui des générations futures, l’humanité de l’homme, dieu, l’histoire, peu importe du moment que c’est un horizon qui transcende le « moi » et ses intérêts personnels.

 

Hercule : une puissance sensible et incontrôlable …

Mais voir au-delà de ses intérêts personnels suffit-il à motiver un tel affrontement ? D’après le mythe, non : il faut y être conduit. Par qui, ou quoi, comment ? La réponse du mythe est simple : par l’émotion.  D’une force surhumaine qu’il mesurait mal, d’une sensibilité extrême, sujet à de brutales colères, Hercule n’était pas « sage », « intelligent », « rusé ». Il était « nature ». Aussi commit-il des atrocités malgré lui, « sans le faire exprès », s’en repentant après coup à chaudes larmes. Enfant, il tua par mégarde son professeur de musique, par exemple. Mais le plus dramatique, fut l’accès de folie au cours duquel il tua sa femme Mégarée et ses fils, qu’il aimait plus que tout au monde. Il en fut si désolé, qu’il voulut s’ôter la vie.  Mais Thésée, un autre héros, « sage » celui-là, père de la démocratie athénienne, l’en empêcha de justesse et l’invita à venir vivre dans son pays. Cependant, rongé de remords, Hercule finit par quitter Athènes pour consulter l’Oracle. Celui-ci lui confirma alors qu’il devait se purifier, et Hercule se soumit au roi de Mycènes (ou de Tyrinthe selon les récits) qui lui imposa les fameux travaux en guise de rédemption.

 

Hercule : une image des peuples, notamment de l’Occident

Arrêtons nous, un instant sur cet étrange récit. Force surhumaine, sensibilité extrême, colères imprévisibles, meurtres involontaires et regrettés : ne peut-on associer tout ceci aux imprévisibles soulèvements des peuples et des foules… ?  Ne peut-on, plus précisément, associer l’histoire d’Hercule à celle des peuples occidentaux (français notamment), à la « folie  meurtrière » qui leur fit perdre la tête (décapitation du roi) mais qui furent finalement sauvés par le principe même de la démocratie… Ce qui ne les empêcha pas de détruire leurs bases affectives (famille, patrie, valeurs, sensibilité, culture, émotion) ? Et, plus largement, toutes leurs fondations traditionnelles et celles des autres peuples de la planète ? Et qui furent « sauvés » là encore, pendant un temps, par leur ancrage dans la démocratie ?

Mais, qui, à terme, rongés par leurs propres exactions, se voient aujourd’hui condamnés à se « racheter » en en confrontant les fruits monstrueux  : la « mondialisation », « l’exploitation à mort » des ressources terrestres et humaines, la condamnation de leur jeunesse…

Bref, ce devant quoi nous nous trouvons tous : l’hydre.

La métaphore, en tout cas, me paraît pertinente : c’est aux peuples (dont Hercule est l’image) que revient la tâche de se débarrasser de l’hydre car, pour ce faire, on ne peut compter ni sur les lois, ni sur les dieux, ni les rois, ni sur la « démocratie » de Thésée, ni sur un individu « sage ».  Et ce n’est probablement que portés par en enthousiasme partagé, une effervescence conjointe, que chacun peut retrouver une transcendance, « être porté » à prendre le risque. Non ?

***

La suite de l’histoire confirme nos deux premiers points : voir au-delà de ses intérêts personnels et être mû par le remords.

Voir au-delà de ses intérêts personnels.

En effet, juste avant de s’affronter à l’Hydre, Hercule  doit d’abord tuer le Lion de Némée, dont la peau est si dure qu’elle est inaccessible aux armes, même celles d’Apollon, dieu du soleil. C’est en l’étranglant qu’Hercule y parvient, après l’avoir fait sortir de sa tanière. Et Zeus « immortalisa » cet extraordinaire Lion, sous la forme de la constellation du Lion.

Tuer le « roi » des animaux, symbole solaire masculin immortalisé par Zeus, « roi » des dieux, n’est-ce pas, suivant notre métaphore, étrangler l’image d’un pouvoir incarné par une figure unique, le « roi », le « président », le « chef », la « star » ? Et à un autre niveau, le « moi » ?  Ne faut-il pas d’abord renoncer à cette représentation monolithique du pouvoir pour enfin prendre conscience que ce qui nous « tient » est  un « intérêt commun souterrain » ? Et que ce corps d’intérêt est doté de plusieurs têtes ? Ce dont l’emprise croissante d’une seule et unique oligarchie mondiale dotée de plusieurs têtes dirigeantes est l’exact reflet ?

Ce qui n’est possible qu’en étant mû par la douleur et le remords

Or qu’est-ce qui conduit Hercule à tuer le Lion qui terrorise tout le monde ? Sa douleur d’avoir tué ce à quoi il tenait le plus au monde : ses bases affectives, sa famille, sa femme et ses enfants… Que l’on peut traduire par nos appartenances chaleureuses (et non pas virtuelles) : notre foyer (dont la « bulle immobilière » nous dépouille), notre famille (désormais éclatée), notre terroir (défiguré, pollué), notre mère patrie (aux frontières dissolues), notre mère l’église (un intérêt commun transcendant ridiculisé). Mais aussi, notre féminité (sensibilité, fragilité, accueil, amour, tendresse, ces valeurs obsolètes), nos enfants (les générations futures « sacrifiées »)…

Avant de pouvoir faire face à l’hydre, les peuples, occidentaux notamment, doivent donc d’abord souffrir d’avoir perdu leurs appartenances chaleureuses, au point de renoncer à leur représentation « royale » du pouvoir (« mon » pouvoir est à « moi », le « pouvoir du président » est au président, etc). N’est-ce pas ce à quoi nous renvoient les révolutions dans les pays arabes ? Ces peuples soulevés comme un seul homme n’ont-ils pas vaincu des « rois » visiblement monolithiques ? Moubarak depuis 30 ans au pouvoir, Ben Ali depuis 24 ans, Kadafi depuis plus de 40 ans ?

Or de quoi prend-t-on peu à peu conscience, si ce n’est que derrière ces « personnalisations » du pouvoir,  c’est encore de l’Hydre qu’il s’agit, que ces « têtes » sont sœurs de nos « têtes  démocratiques » et qu’au fond il s’agit partout du même monstre ? Que le « meurtre » économico-politique dont ont été victimes les peuples qui se soulèvent aujourd’hui est « involontairement » de notre fait à nous, les peuples occidentaux ? (Ici un article magnifique de profondeur et de limpidité sur la révolution égyptienne).

***

Imaginons maintenant que nous en arrivions au remords, ce qui n’est pas gagné vu l’individualisme de nos sociétés « riches » (contamination par l’hydre du « corps social »). De quoi aurions-nous alors besoin pour vaincre l’ Hydre ? Pour le comprendre suivons le combat pas à pas.

Faire sortir l’Hydre de sa tanière.

C’est en compagnie d’un de ses amis, Iolaos, qu’Hercule arrive à Lerne. Fort de son expérience précédente, Hercule fait d’abord sortir l’Hydre de son repaire (situé sous un platane…), à coup de flèches enflammées.

Autrement dit, il faut d’abord faire sortir l’Hydre au grand jour, il faut la rendre « visible » ce à quoi participe cet article parmi d’autres.

 

Retenir son souffle.

Puis retenant son souffle (souvenons-nous, l’haleine du monstre est mortelle),Hercule attaque l’Hydre à coups de massue. Pour s’en prendre aux têtes de l’Hydre, il ne faut pas avoir peur des cabbales médiatiques ou autres qu’elle ne manque pas de sécréter dès que quelque chose (personne, groupe, etc.) la dénonce. Il ne faut pas se laisser déstabiliser par ses mensonges, ses menaces, ses cabbales et ses « chiffons rouges ».

Julian Assange, patron de Wikileaks en a bien compris le principe. Mais cette forme de contre-pouvoir  si elle est un préalable indispensable ne peut suffire. Il faut qu’elle soit suivie par un corps à corps massif et déterminé.

 

Un premier corps à corps pour comprendre le mécanisme.

Ce que fait Hercule. Or plus il tape sur les têtes de l’hydre, plus elles sont nombreuses ! Comme dit Ovide, l’hydre « se multiplie sous le fer ». Une tête attaquée en donne deux et ainsi de suite ! 

Idem dans nos sociétés, malgré les apparences. Pourquoi ?  Parce que la corruption a secrètement fait sauter les frontières entre le fric et le politique  Les élites forment un réseau apatride. Des familles visiblement « opposées » (Bush / ben laden) s’avèrent complices : un entrelacs. Entre le monde des affaires et celui du politique, les connivences vont bon train. Woerth et PMU. Bachelot et labosMAM et la vente du savoir-faire français pour mater les émeutes dans les pays où résident ses propres intérêts financiers privés... Et le népotisme règne.

 

Faire appel à Iolaos et au feu.

Il faut donc à Hercule employer d’autres armes ! C’est Iolaos qui aura l’idée de mettre le feu à la forêt pour, à l’aide de brandons enflammés, cautériser les plaies à leur racine au fur et à mesure que les têtes étaient coupées. Il faut, à chaque tête coupée, immédiatement cautériser sa racine par le feu pour éviter qu’elle soit remplacée par plusieurs de ses clônes…

Comment ? En ne se laissant distraire ni par l’envie de cesser le combat, ni par celle de se laisser endormir par son haleine et ses pions, soit par l’envie « croire » que la première tête providentielle qui se présente pour reprendre les choses en main est la bonne. Il faut cautériser à la racine ce qui permet au corps de l’Hydre de substituer une tête à une autre : le principe des castes.

 

Cautériser la plaie à la racine, un seul exemple aujourd’hui :  l’Islande.

Ce pays vient de se donner une assemblée Constituante élue au suffrage universel ! (Même si la plupart des membres élus de cette assemblée ont déjà assumé des responsabilités sociales et/o politiques dans le passé, et qu’il ne faut donc pas idéaliser cet événement, il est tout de même remarquable !) Ce derrière une omerta médiatique internationale assourdissante   : l’« haleine de l’hydre » ! Même l’explosion de son volcan n’est pas parvenue à vaincre cette censure internationale envers l’Islande !

 

Ecraser le crabe

Mais Héra, rageant de voir encore Hercule vainqueur, lui envoie un crabe géant (Carcinos) qui le mord au talon, en vain. Hercule l’écrase, et Héra élève ce crabe extraordinaire au rang de constellation, celle du Cancer, comme son mari l’avait fait pour le lion.

Le crabe vient de l’eau, comme l’hydre. Il est carapaçonné, il marche à reculons. Il y a là une image archaïque : la tentation de reculer, de se replier, de retourner en arrière dans « le bon vieux temps ». Il faut écraser cette tendance, marcher dessus, aller de l’avant. Le « bon vieux temps » est derrière. Ce qui est en jeu c’est l’avenir.  Et l’avenir passe par un affrontement implacable avec ce qui est là, présent ici et maintenant : les têtes de l’hydre.

 

Notre exemple va encore nous éclairer. L’Islande vient de se prendre le crabe dans les molletsLa cour suprême saisie par trois citoyens (dont deux non élus : Ah  ce « lion » » !) vient d’invalider la Constituante pour vice de forme.

Comment l’Islande va-t-elle se sortir de ce mauvais pas ?

Le mythe lui donne un conseil :  Hercule, le peuple, ne doit pas se laisser distraire par les arguties des anciens partis et les avis d’une Cour suprême constituée de l’arrière-garde…  Hercule doit faire tomber les têtes jusqu’à la dernière, et Iolaos les cautériser…

 

Trancher et enfouir l’immortelle tête de la cupidité, et s’approprier la force de l’Hydre.

Enfin, Hercule tranche la dernière tête de l’hydre, et l’enfouit sous un énorme rocher. Pourquoi ? Parce que cette tête - là est immortelle : elle est faite d’or (ou de diamant selon les versions). En clair, on ne peut détruire la soif d’or, la soif de richesse qui anime l’hydre. On ne peut que la coincer, la verrouiller, l’immobiliser… Rôle du rocher, rôle des lois.

Ce que confirme l’Islande : au lieu de les renflouer, elle a nationalisé les banques… Puis elle a dévalué sa propre monnaie ce qui lui a permis de relancer sa propre monnaie.

Pour finir Hercule trempe ses flèches dans le sang répandu de l’Hydre, rendant ainsi leur blessure mortelle. Mais, ce « travail » lui sera contesté, à cause de l’aide de Ialos.

Et oui, la force d’un peuple ne suffit pas contre l’Hydre : il lui faut avoir des alliés. Qui seront ceux de l’Islande ?

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 20:54

 

Que se passe-t-il au juste en Syrie ? Mystère et boule de gomme en vérité. Entre les discours massmédiatiques et les multiples reportages Internet, qui croire ?

Lorsque l'on sait quels obstacles médiatiques sanglants la révolution bolivarienne issue du peuple vénézuelien a du, su et voulu déjouer lors du putsh qui a failli démettre Chavez, quand on voit la propagande massmédiatique mondiale qui continue d'être menée contre ce "tyran" et contre d'autres dirigeants latino-américains de sa trempe, on ne peut que se demander qui dit quoi et pourquoi.

Avertis par ce qui s'est passé au Vénézuela et face aux infos contradictoires qui cirulent sur les "massacres" en Syrie, il faut peut-être cesser de "croire", pour "voir" ce qui se passe sur cette planète :  "Voir", puis choisir et vouloir ensemble.

Lorsqu'en 2009 j'ai proposé la métaphore de l'Hydre pour penser le mode de domination dans lequel est pris le monde d'aujourd'hui, j'avais pris la révolution islandaise, complètement "omertéé' par le massmédiatique, comme base de réflexion sur la figure d'Hercule qui avait débarassé la contrée de l'Hydre.

Tout bien réfléchi, il me semble que la "révolution bolivarienne" est une meilleure illustration du processus. Elle en dit plus sur :

- la détermination nécessaire des peuples à choisir leur destin, ce qui éxige préalablement qu'ils "voient" : la conscience.

 - sur la lutte apparemment sans fin contre des têtes qui repoussent en double une fois coupées,

- jusqu'à ce qu'émerge l'impérieuse nécessité de s'attaquer concrètement à la cause des cause : selon Etienne Chouard en France, le processus consituant, mais aussi la souveraineté monétaire.

Les révolutionnaires du Vénézuela nomment leur révolution "La IVeme guerre mondiale". Un guerre pour la paix de la vie : contre l'ultralibéralisme qui détruit la "pachamama" (la terre-mère), qui esclavagise les peuples, détruit leur mémoire, s'oppose à la liberté.... Son arme : la constitution dont chacun a le texte.

Est-ce une coïncidence ? Cette révolution s'est ancrée en 1992-1993, au moment où tous les peuples d'Europe ont été invités à dire "oui" à l'article 104 de Maastricht qui allait les déposséder de leur souveraineté et qui leur fut ensuite imposé dans le traité de Lisbonne auquel ils avaient dit "non". 

20 ans déjà, des deux côtés...

J'ai la triste l'impression que tandis que les vénézuéliens s'éveillaient, nous nous sommes abrutis... Il faut dire que là bas, il faut le savoir, une révolution des riches (dans les rues) contre les pauvres a failli tout faire capoter.

Pour ceux que la conscience intéressent, voici 5 vidéos instructives racontant cette "IVeme guerre mondiale" initiée par les vénézuéliens.

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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 23:06

 

J'ai le grand plaisir de vous informer que cet article a été publié sur Agoravox
Il vient de l'être aussi sur Alter Info.
Ce 24/09/09 je le remets en ligne légèrement modifié.
Et encore ce 26/11/09 pour cause d'aggravation de la situation . Et encore ce 25/01/2011, poussée par Bellacio



Des "voix" enregistrées régissent de plus en plus notre vie et notre quotidien. En tant qu'ethnologue, j'ai cherché à en saisir l'impact sur l'évolution de nos sociétés. Et bien c'est inquiétant... Ainsi que l'a parfaitement illustré le spot télévisuel de l'UMP pour les européennes de 2009.

Vous  souvenez-vous de cette pub UMP pour les européennes?
Les protagonistes y parlaient tous d'une même voix ! Je veux dire au sens propre ! Hommes, femmes, grands, petits, jeunes, vieux : ils avaient tous la même voix !

C'était l'U-NA-NI-MI-TÉ vocale au top du top !

On aurait dit ces "voix" enregistrées qui, de plus en plus, régissent notre quotidien ! Vous savez, celle des hot-lines, des centres d'appels, des GPS ! C'est pas le top du top ça ? Une hot-line qui s'empare des esprits et, hop, tout le monde copie-colle la "voix d'en haut" !

Extraordinaire !

Enfin, il y a quand même une grande différence avec les "voix" qui régissent notre quotidien : c'est que la voix UMP qui téléguide son petit monde, au lieu d'être de femme, enthousiaste et juvénile, comme il se doit est d'homme, donc sérieuse et responsable !

Dans ce petit film, la (presque) totalité des premiers possédés par la "voix" sont des hommes ! Les quelques femmes présentes se contentent en gros de répéter en file indienne le "nous" répétitif (hot-line oblige) qui conclut le spot avec cette voix d'homme qui vient d'en haut !

On n'arrête pas le SÈRGORP ("progrès" en verlan) !

Il suffit d'avoir des yeux pour voir et des oreilles pour entendre !
Alors les pantins supposés ouvrons mirettes et esgourdes !

Ces "voix" qui nous asservissent en douce.

Plus sérieusement, ce spot reflète une tendance lourde de notre société : son envahissement par des "voix" enregistrées. Or ces "voix" ne sont pas sans conséquences pour chacun de nos concitoyens (opacité et abus sur les factures par exemple) et, plus gravement, pour l'état d'esprit de la société civile dans son entier : l'asservissement. 

Le mot semble trop fort ? Et bien, fruit des enquêtes méditées de ce blog, il ne l'est pas (à ce propos, merci de citer "Amada" si vous souhaitez diffuser ces réflexions sous quelque forme que ce soit). Voyons pourquoi.

- Primo : il faut leur obéir.

Pour commencer, il faut prendre acte que toutes ces "voix" s'adressent à l'interlocuteur lambda à l'impératif : tout contact avec n'importe laquelle d'entre elles implique en premier lieu de lui obéir. 

L'exemple emblématique de ce phénomène est le fameux "tapez sur la touche étoile de votre téléphone" — ou "veuillez tapez" légèrement plus courtois —  dont je défie quiconque d'affirmer qu'il y a échappé.

- Segundo : il faut leur obéir à tout bout de champ

La multiplication galopante de ces "voix" en a fait un élément incontournable de notre vie quotidienne. Qu'il s'agisse de joindre un service après vente, le standard d'une clinique, un service public ou administratif, votre conseiller à la banque, etc., pour commencer, il faut obéir. Quand je dis "il faut", ceci est radical : pas moyen d'accéder aux dits services autrement. Pour "pointer" au chômage, Pôle-Emploi met aimablement des téléphones à votre disposition. Inutile de vous adresser aux boutiques France-Télécom pour des problèmes de facturation. On vous renverra au centre d'appels… Etc.

Bref, grâce à elles nous avons et sommes en train d'apprendre que pour obtenir, il faut d'abord obéir à la "voix".

- Tercio : il faut leur obéir pour… tout.

En effet, même l'achat est maintenant contaminé.

Un exemple. Je consulte un site immobilier. Une photo, des renseignements élémentaires et… voilà qu'une voix (de femme, évidemment), s'invite dans mon intimité. "Obtenez les coordonnées téléphonique de l'agence en remplissant le complément d'information présent sur cette page et en cliquant pour sur envoyer le message."

Certes l'impératif est discret —"obtenez" suivi d'habiles formes en "ant"—, il n'en est pas moins incontournable. Impossible d'obtenir les coordonnées de l'agence qui met le bien en vente, sans d'abord me plier aux exigences de cette "voix".
 

Conséquence : la subordination comme pratique sociale dominante.

L'exemple ci-dessus montre comment ces "voix" pervertissent le rapport commercial en rapport de subordination.

Pour bien le faire comprendre, je traduis la situation. Des gens vous envoient anonymement de la pub espérant que vous allez leur acheter leur produit. Mais pour, ne serait-ce que pouvoir les joindre, vous devez d'abord, au son de la "voix" autoritaire qui les représente, montrer patte blanche. Autrement dit, un boutiquier, planqué derrière son comptoir exige, via ses sbires (les "voix") que vous décliniez votre identité pour vous autoriser à lui acheter sa camelote. Mais pour qui il se prend ? Et le client,  c'est quoi dans l'histoire ? Un mendiant ? Un être servile ?

Je ne sais pas si vous vous rendez compte du danger que représente cette dérive généralisée et invisible qui consiste à apprendre à chacun et à tous à obéir à longueur de journée, et à transformer les rapports sociaux et commerciaux, normalement "horizontaux", en rapports "verticaux" de type dominant-dominé. Si les générations nées avant cet envahissement n'en ont pas, dès l'enfance, pris l'habitude et peuvent donc "savoir" que d'autres types de rapports existent, quid de celles qui sont pour ainsi dire tombées dedans à la naissance comme Obélix dans la potion magique ?

Car c'est bien de cela qu'il s'agit : voilà des années qu' "on" nous habitue insidieusement à obéir à des tas de "voix" — anonymes, injoignables, intouchables et de plus en plus nombreuses. Soit, pour les plus jeunes, à obéir, comme ils le font depuis leur naissance, à la voix de leurs parents…

Big "voice"

Bref, "la voix anonyme, invisible et imprévisible" qui nous donne des ordres est devenue un phénomène normal : c'est désormais un acteur banal (bien que majeur) de notre vie quotidienne. La meilleure illustration de cette "normalité" est mise en scène dans l'émission télé Secret Story : les protagonistes sont ostentatoirement aux ordres d'une voix… Que l'on appelle "LA voix". Ce qui n'a semble-t-il, choqué personne.

Donc attention. Bien qu'il existe aussi, le fameux "Big Brother is Watching You" (on vous surveille de l'œil) ne fait que nous masquer un phénomène beaucoup plus grave : Big Voix Parentale Invisible vous Téléguide les Petits. 

Et, attention cette BIG SISTER se permet désormais de vous téléphoner (voix enregistrée de femme) pour vous donner des ordres = intrusion abusive et harcèlement moral ! Si quelqu'un à l'idée d'une parade juridique, je prend !


Si le spot UMP ci-dessus cité m'a tant choquée, c'est qu'il caricature parfaitement le type de rapports sociaux sournoisement induits par l'usage massif des "voix" enregistrées : l'asservissement de l'individu à certains groupes dominants (pour qui du moins est né avant cette nouvelle forme de colonisation des esprits).

N'est-ce pas aussi à cause de cette influence vocale aussi continue que "sourde" que notre société tend de plus en plus à développer une hypersensibilité aux "mots de travers"?

Bien sûr, il y a bien d'autres points à soulever concernant ces "voix", mais le principal est dit… et efficacement illustré !

 

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 16:40

      

J'ai le plaisir de vous annoncer que cet article est publié sous une forme légèrement modifiée sur le site d'Agoravox.
Au vu du caractère profondément "intestin" des commentaires concernant la grève de ce jour qui sévissent entre autres sur le site du Figaro, j'éprouve, ce 24 juin 2010, le besoin de remettre en avant cet article publié initialement le 10/04/09, tant il semble d'actualité !




Après ma série de coups de fil pour débloquer ma ligne, j'ai besoin de me détendre, je me prépare un thé.
Je me le prépare de cette façon particulière qui consiste à savourer tout en laissant flotter. Je m'explique. Mettre la bouilloire à chauffer, vider et rincer la théière, y déposer une grosse pincée de thé bien sec craquant sous les doigts, préparer bol, sucre et petite cuillère, faire place nette sur la table, tous ces gestes familiers qui occupent en douce votre mental, n'en libèrent que mieux votre esprit.  Cette pratique à laquelle je m'adonne aussi très facilement au volant est souvent source de révélations fulgurantes.
C'est ce que j'appelle entrer dans mon "laboratoire intérieur". Que va-t-il en sortir ? 


Tandis que je verse l'eau bouillante sur les feuilles recroquevillées et les observe se détendre et mollement s'élever du fond, une première idée tombe : Dans ce pays les gens souffrent d'un déficit chronique de reconnaissance. Voilà le problème ! D'où ces dysfonctionnements systématiques et ces traînasseries sans fin. Non ?  Mais bien sûr !
Comment expliquer sinon, que seul l'appel, non à ce qui est légitimement attendu d'un professionnel, mais à sa "solidarité compassionnelle", à son intervention "particulière", puisse débloquer une situation, ainsi que je viens de le constater… N'est-ce pas parce que, dans ce cas, l'importance de sa mission lui est soudainement rendue ?

A méditer.

Je soulève le couvercle, le thé a une belle couleur brun-doré. D'où peut bien venir un tel déficit de reconnaissance ? Tandis que la question se formule, je me sers, ajoute un filet de sucre en poudre dont je laisse la trace descendre et se dissoudre avant de remuer. Puis, savourant sa chaleur, je porte le bol à mes lèvres et bois.


Une seconde idée tombe :

Dans un pays si fortement sensible à la hiérarchie institutionnelle, aux statuts officiels, aux diplômes universitaires, n'est-ce pas d'évidence "d'en haut" — des "grands"— que doit venir la reconnaissance * (des salaires entre autres) ?
Mais si "en haut" ne reconnaît pas, que faire pour être reconnu, si ce n'est en ne faisant pas, justement ? En marquant sa place en creux, par défaut ? 

      

En tout cas, moi, enfant, quand j'étais injustement traitée, mal considérée par les "grands", je traînais des pieds pour faire ce que j'aurais effectué avec allant dans un contexte relationnel juste...


Ce pays souffrirait-il d'un attachement un peu trop prolongé au principe hiérarchique ? En somme, me risquai-je, d'une sorte de fixation psycho-sociologique générale au stade relationnel enfant-parent, petit-grand ? Bref d'un excès de verticalité ? 
Ce qui est sûr c'est que face aux gué-guerres (manifestations, revendications, grèves) qui opposent régulièrement, et en vain semble-t-il, les "petits" (salariés, travailleurs, syndicats, corporations) et les "grands" (gouvernement, patronat and co), j'ai vraiment l'impression d'assister à ces conflits enfants-parents que l'on peut ça et là surprendre dans la rue. Pas vous ? 


"C'est injuste !" crie le petit qui  — vlan — se prend une claque pour "caprice" sans que l'on sache jamais en quoi consiste l'injustice de départ. Ce qui soulage l'assistance plus avide de calme que de vérité. Enfin, sauf quand certains gamins se mettent à gueuler de plus belle (manière de prendre la foule à témoin, "le public en ôtage" comme l'on dit), au grand dam du parent (gouvernement par exemple), alors obligé de céder ou de sévir plus violemment encore.
Sans qu'on en sache d'ailleurs jamais plus sur la vraie raison du litige. Caprice de gamin ou irresponsabilité de l'adulte ? Ou les deux ?
(Ce ne sont évidemment pas les litanies creuses et fadasses du type "conditions de travail" ou "grilles salariales" administrées d'en haut par ce "grand" média qu'est la télé qui vous l'expliciteront !)


Une nouvelle gorgée de thé s'impose.
D'où tombe une troisième idée :

La culture de l'horizontalité ne fait pas partie de notre patrimoine.
Lorsque nous réclamons de l'égalité, nous la réclamons à "en haut", au gouvernement, au patronat, etc. Nous la réclamons pour être aussi bien traité par "en haut" que le voisin, pas pour tisser des liens de fraternité.


Et lorsque nous en appelons à notre "droit" d'exercer notre liberté, c'est encore à "en haut" que nous en référons, et pas du tout à nos pairs. Le plus souvent, nous réclamons à "en haut" qu'il impose notre "liberté" aux autres par "en haut" justement :  par la loi, par décret (le mariage gay, l'interdiction de fumer dans les bars …). 
(Qu'on en soit là parce que certains groupes abusent de leur "liberté" sans tenir compte des autres ne change justement rien au constat...)


Il suffit d'ailleurs de suivre quelques files de commentaires web de la presse en ligne, pour se convaincre qu'en lieu et place d'une société civile digne de ce nom, nous sommes rongés par des querelles et des jalousies de cours d'école ! Et les fonctionnaires ceci et les patrons cela, et les privés ceci et les assistés cela ! 
Evidemment, avec de telles divisions intestines, "en haut" a tout loisir de régner! 


Comme l'écrit Patrick Mignandr"de la manifestation classique, jusqu’à la « retraite, de nuit, aux flambeaux », en passant par la « ronde des obstinés », les pique-niques dans les supermarchés, les « cercles de silence », les grèves de la faim, les séquestrations de cadres et de PDG, sans parler des occupations d’usines et d’universités,… nous finissons d’épuiser notre imagination en vaines trouvailles,… pour rien. (...) Ces manifestations n’ont plus aucun impact sur le pouvoir." 


A croire que, psychologiquement, la décapitation du roi dont nous nous glorifions tant n'a été que du vent ou, pire, que, depuis, le roi s'est vengé et nous tient sous sa coupe! (<< Je surligne ce 20 mai 2009 car on vient de retrouver le testament politique de Louis XVI !)

Dans un tel contexte, quid de la fraternité, par définition horizontale, c'est-à-dire, en vérité, de la démocratie
Quid de notre capacité d'échanger les uns avec les autres, de nous informer des réelles conditions (ou orientations) de travail et de salaire dans un autre domaine que le nôtre par exemple (au lieu de nous contenter de préjugés éculés et jaloux) ? 
Quid de notre désir de débattre les uns avec les autres jusqu'à trouver un terrain d'entente ? Jusqu'à trouver, au sens fort du terme, un lieu commun ? Ce terme – "commun" — serait-il trop plat pour notre soif de distinction par le haut ?  (D'où que nous acceptions qu'une star du foot comme Z.Zidane gagne  en un matche l'équivalent de 25 années de travail au Smic ?)


"Mais ma cocotte, m'interrompt une autre voix intérieure, vu l'état d'éclatement actuel de la société comment se réunir "fraternellement" sans être menés par les leaders institués ? D'ailleurs comment rassembler tout le monde? Dans quel lieu (à part la rue) ? Et qui en aurait encore la force, le temps et le désir vu la lassitude ambiante? En fait c'est un travail de gouvernement que tu envisages. C'est trop gros."
_______________


Ok, ok, une pause s'impose, la théière est vide. Je m'étire, me lève et remets la bouilloire sur le feu. En vain, la voix persiste : "En plus, le problème est mondial, ton analyse est trop étroite !" 
Alors là, pas du tout ! lui rétorqué-je. Au contraire ! Il n'y a rien de mieux qu'une caricature pour saisir les traits dominants d'une situation! Or, aujourd'hui, une oligarchie mondiale est en train de prendre le pouvoir sur tous les peuples !

Est-ce le sifflement de bouilloire ou ma tirade, la voix s'est tue.
 
Et je me suis souvenue d'une coutume amérindienne rapportée par Pierre Clastres (La société contre l'État, Les éditions de Minuit, Paris, 1974). Au chef la tribu donne ostensiblement le pouvoir : il détient le bâton de parole, a seul le droit d'avoir plusieurs femmes (ce qui lui coûte évidemment beaucoup en frais divers), etc.
Mais derrière cette désignation ostentatoire, le pouvoir est clairement circonscrit, et, à vrai dire,  contrôlé.
Car que le chef s'imagine détenir le pouvoir, au lieu d'en être le simple représentant et, un beau matin, au sortir de son tipi, il se retrouve tout seul  :  les "siens" ont subrepticement et d'un commun accord, démonté leur tente durant la nuit, pour aller vivre ailleurs et librement. Sans lui. Ce qu'on appelle se faire planter.  
 
Evidemment, actuellement, a priori, ce n'est possible qu'à petite échelle, n'en déplaise à ceux qui rêvent de "grandes révolutions".
Comme le dit P. Mignandr, "le renouveau de la pensée politique ne peut que se fonder sur des pratiques nouvelles et alternatives qui créditent le fait qu’un « autre monde est possible ». 
Et, à moins d'un réveil simultané et fraternel — bref, démocratique —de toute la société civile, il faut bien commencer quelque part. 

 

________________________________________________________________________________________________

* Il suffit de consulter un manuel basique de sciences sociales pour en avoir rapidement un aperçu. Exemple : "Parce qu'elle est un pays de vieille tradition catholique, la France se caractérise par une valorisation forte des hiérarchies sociales que l'on peut observer aussi bien dans la culture bureaucratique (...) ou dans le management des organisations (...) ou encore dans les relations au quotidien (...). La France est aussi un pays où l'on attend beaucoup de l'Etat central : c'est lui qui doit résoudre les problèmes, on s'en remet facilement à ses décisions quitte à les critiquer sévèrement."

PS : après les 10 jours maximum de délai promis par l'huissier pour qu'"on" débloque ma ligne, j'ai dû traquer l'huissier, HuisPV et le 01.41 (et les faire se traquer entre eux) pendant une semaine. Une semaine ! Quelle perte stérile de temps et d'énergie ! Tout ça pour un "bénéfice caché"  de reconnaissance par le "bas" (vous, moi, le client lambda, trop heureux de se répandre en congratulations lorsque sa situation simplement se normalise), ou plus trivialement par je-m-en-foutisme pur, faute de pouvoir mesurer tout seul, comme un "grand", la dignité civique de sa propre tâche ? Ou alors c'est la mode...
C'est quand même un peu triste, non ? 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 11:16

Le-laboratoire-d-Amada.jpg

Article initialement publié le 01 mars 2010. Info de confirmation après coup en ce 12 juin 2010 (le Figaro): l'inéligibilité des élus pour délit financier vient de sauter. En clair, tu es élu, tu voles tes congénères d'une manière ou d'une autre, tu peux continuer à briguer des postes qui te le permettront, grâce à ton réseau. Cette fois c'est clair : le vol en haut est légitimé. On manque pas d'air, non ?

En plus sordide : le Jackpot pour le "haut" si son employé décède. Bien trouvé, non ? 

 

Pour commencer, 2 infos convergentes.
Une fois posées, on entrera dans le vif du sujet : la guerre sourde qui mine nos sociétés.

Primo, bonne nouvelle.

Les Echos viennent de contrer le défaut absolu de légitimité dont est frappé notre bon sens populaire. Ouf. Enfin un média reconnu appelle un chat un chat : les aides au logement nourrissent la bulle, au profit de ceux qui ont, au détriment de ceux qui n'ont pas ou plus. A lire ! 

J'avais compris. Sur les forums concernant la bulle immobilière
(un exemple) sans précédent que nous vivons en France, tout le monde dénonce depuis des années le fait que le contribuable paie deux fois : un loyer ou un achat très cher, et des aides au logement pour que la bulle reste "viable" pour ceux qui ont simplement besoin d'un toit (APL et défiscalisations). 

Mais quel crédit est-il accordé dans ce pays à la vox populi ?
Aucun. Elle ne veut pas d'un traité, on le lui impose de biais. Elle ne pense pas comme il faut, on la stigmatise. Elle se plaint de ne pas pouvoir joindre les deux bouts, on lui baisse les taux d'intérêts pour qu'elle puisse emprunter et que les prix immobiliers notamment se maintiennent.
 
Alors heureux événement que cet article des Echos, me dis-je.

Deuxio.
A quand la même lucidité explicite, limpide et légitime  (non populaire donc) sur le fait que les intérêts de la dette constituent aussi un transfert des ressources du peuple dans les poches de
la petite oligarchie financière mondiale qui tient de plus en plus le monde, via le "dispositif politique" ? A quand la même lucidité sur ce "vol" institutionnalisé ? 
Cela aussi court sur le net. Mais comme c'est la vox populi..., aucune crédibilité, aucune valeur, pire c'est — injure suprême selon en haut — de la "théorie du complot"...

Et voilà, rebelote, me dois-je de constater, notre monde est pris jusqu'au cou dans une guerre invisible, souterraine et terrible :
la guerre des voix !
Elle me fatigue, cette guerre. Mais comme c'est dimanche...
Allez, j'écoute.


***

Accroche
z-vous, je met le haut-parleur...
 
"Quel complot ? Nous sommes en démocratie !" gueulent de concert les voix légitimées.
 
"Une démocratie où le bon sens est en bas, le vol en haut", dixit, bis repetita, la vox populi (tentant desespérement de se faire entendre à coup de latinismes) au vu des deux infos majeures ci-dessus....
 
Entre les deux, commente en douce l'observatrice, une démobilisation croissante face aux élections, en clair une perte d'intérêt massive pour ce qu'en haut nomme démocratie et en laquelle on ne se reconnaît pas en bas. Que les conséquences de cette disparition de l'espace politique soient source d'émeutes, évidemment, pas un média officiel pour le dire....
Il faut dire que, bon, une bonne campagne de "pub" à la télé et le bon peuple reviendra aux urnes, se dit en haut. A moins que non... Bon, ben dans ce cas tant pis, insiste en haut, de toute façon abstentions et votes blanc ne sont pas comptés en France. Donc si 2% viennent voter, et que 1, 5% de ces deux pour cent choisissent tel ou tel clan, ce dernier pourra se vanter d'avoir l'approbation de 75% des électeurs...

Bref, on vous le répète, nous sommes en démocratie ! coupent un peu agacées les légitimées. Pour preuve, la transparence des données chiffrées affichées en temps réel en permanence par nos instiutions d'experts."
 
Serait-ce ainsi, se remet à penser l'observatrice, qu'au cours de son café télé du 25/10, notre cher président a pu prédire que nous allions tous "voir le chômage baisser dans les semaines qui viennent" ? 

"Le président fait des prédictions ?" s'était alors ahurie la vox populi, sidérée. Mais après ce petit moment, elle dut se rendre à l'évidence. Son Président avait bel et bien des pouvoirs magiques ! 
"Car comment peut on  "voir" le chômage baisser ?" s'était-elle étonnée n'ayant jamais vu baisser que ses revenus, ses récoltes, les fleuves, toutes choses tangibles.  
Comment si ce n'est  
comme les voyants ?
Il "voit" le Président, comme le
s  voyants ? Notre Président est voyant ? Comment cela se fait-il ?"
 
Mais par de miracle de la pédagogie médiatico-experto-politique, évidemment, reprennent les légitimées : les tableaux statistiques, ces fruits de  la "science moderne". 

Et oui, soupire l'observatrice, "science" : le truc légitime par excellence. D'où qu'en haut brandisse et bénisse ces tableaux à tour de bras...

 
Sauf que leur fiabilité est douteuse. Parce que "finalement" non, le chômage n'a pas et n'est pas en train de baisser. Ce n'était pas une baisse, c'était une hausse. Et cette hausse s'est poursuivie en janvier... 

"Il y a eu erreur de calcul, ça arrive. C'était une erreur, c'est pas grave. Ce n'est pas parce qu'on y trouve parfois des erreurs que ces tableaux ne sont pas fiables. La preuve, le Président en personne leur avait fait confiance... Il n'a pas menti, il a fait confiance aux experts. Et une erreur ça arrive, argumentent savamment les légitimées.

Et pour parer aux "complotistes" encore tentés de voir dans cette affirmation une tentative de manipulation opérée par les pouvoir publics, il faut savoir que les erreurs arrivent aussi dans le privé. C'est pas grave. Quand la Mianf annonce 3% de hausse des prix immos en avril 2009, elle se fie aux chiffres, c'est tout.  Qu'après coup cela s'avère faux, c'est pas grave, on rectifie et puis voilà. Y voir une tentative de manipulation des acheteurs est idiot et malsain."

Vous comprenez ? s'agace l'observatrice.
On vous le répète nous sommes en démocratie !
La preuve : la transparence des tableaux statistiques officiellement affichés. Et la preuve de leur scientificité c'est que les politiques leur font confiance. Et la boucle est bouclée.
En plus, en les rendant publics, en haut ne fait-il pas la preuve qu'il se soucie de l'éducation du peuple ?

... (Silence de la vox populi, encore sous le choc de ces multiples révélations.)....

Vous êtes quand même inquiets, c'est quoi qui vous inquiète ? s'enquièrent les légitimées devant son air un peu sonné.
Que vous n'y comprenez rien ni aux méthodes statistiques ni au langage des traités que nous vous imposons ?
Ah, mais les petits, fallait faire des études... Mais bon, puisqu'on vous DONNE les résultats... Faites-nous confiance.

... (Silence de la vox populi, cette fois déconfite, ce qu'un tableau confirme : l'indice de la "confiance des ménages" vient de baisser)...

Vous êtes quand même inquiets, malgré tous  les discours qu'on vous tient pour "rendre la confiance aux ménages" ?
C'est quoi qui vous inquiète ? Les complotistes ?

... (Silence de la vox populi, de nouveau sidérée)...
 
Vous êtes quand même inquiets, c'est quoi qui vous inquiète ?
L'impression qu'on vous ment, pire qu'on vous manipule, qu'on ne vous entend pas, qu'on ne vous écoute pas ?
Heu, là, faut aller voir le psy vous savez.... 

Mais ça va pas non ?! s'inquiète l'observatrice. Le bon sens c'est tout sauf fou ! Et telle que je la connais la vox populi ainsi taxée de folle va préférer la folie dont on l'affuble à l'asile psychiatrique !

Et, pof, ça n'a pas loupé un citoyen lambda, s'est jeté en avion sur le centre des impôts de son bled pour  en finir — ce sont ses mots- avec Big Brother... 

Joli sens dessus-dessous de la vox populi qui répétait en vain "Le bon sens en bas, le vol en haut" , non ?
Des fois qu'en volant en bas, le bon sens frappe en haut...
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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 15:00

J'ai le plaisir de vous annoncer que cet article de fin Avril vient d'être publié sur Agoravox, ce 10/06/09
J'y ajoute un lien et le remet en avant en ce début septembre 2009
Et encore en ce 23 novembre, car les enfants des baby-boomers vont payer cher "l'ambiance" des 30 dernières années.





"Les nouvelles générations se foutent de tout. Ils font mal leur boulot, ils n'en ont rien à foutre. Les conséquences, c'est pas leur problème…" me disait donc mon amie. Point de vue trop englobant, certes. Mais ne reflète-t-il pas l'impression sourde que dans ce pays, il faut de plus en plus "repasser par derrière", à tous les niveaux ? Que quelque chose s'est profondément, structurellement, déréglé ?

Comment en sommes nous arrivés là ? Une chose en tout cas est certaine : d'énormes écarts se sont creusés entre les générations, notamment à partir de la fin des "Trente Glorieuses", vers les années 1970-80.
Je ne parle pas en l'air. On peut les chiffrer.
D'ailleurs faisons-le, cela nous évitera de déblatérer dans le vide. 

Côté revenus
"En France, à la fin des années 1970, on observait un écart de 17 % entre les revenus des salariés d’à peine 30 ans et les revenus de ceux de 50 ans. Cette différence est désormais (2006) de 40 %."
On peut le dire autrement. Ainsi, par exemple : "Contrairement à ce qui était la règle sous les « Trente Glorieuses », des individus occupent de plus en plus fréquemment un statut social inférieur à celui de leurs parents : dans la France des années 2000, un fils de cadre supérieur sur quatre et une fille sur trois sont employés ou exercent des emplois ouvriers." (Et ceux qui ne sont pas fils ou filles de cadres supérieurs, ils bossent où ? ) 
Sans compter qu'aujourd'hui, "il faut attendre en moyenne l’âge de 30 ans pour décrocher son premier CDI."

Côté logement
A l'achat : "Savez-vous qu’en 1958 un logement valait en moyenne 70 loyers et que 40 ans plus tard, en 1998, il fallait dépenser en moyenne 133 loyers pour devenir propriétaire ? Savez-vous qu’en 2008, au plus haut de la bulle, un logement coûtait en moyenne 262 loyers?" 

A la location : "Représentant en moyenne 12 % du budget en 1979 pour toutes les catégories sociales, en 2006 le loyer est resté à 12 % pour les ménages les plus aisés mais est passé à 24,8 % pour les ménages les plus modestes. La hausse continue des loyers a atteint essentiellement les moins fortunés qui sont bien plus souvent locataires que les plus aisés. Pesant massivement sur le pouvoir d’achat des catégories les plus modestes, le logement apparaît dorénavant, selon l’étude de l’INSEE, comme le marqueur principal des inégalités." 
En février 2009, l'Adil, chiffre la part du loyer moyen (à Paris) à près de 37% du revenu des ménages (parfois 50%), les personnes vivant seules étant les plus impactées. 
Conséquence : de plus en plus de gens vivent en colocation pour le plus grand profit des bailleurs privés. Elle est pas belle la vie ?
 
"Le poids des dépenses « contraintes » (logement, électricité, téléphone, etc.) ou « incontournables » (alimentation, transports, santé, éducation), par opposition aux dépenses non contraintes (loisirs, habillement, équipement ménager, épargne) a pratiquement doublé depuis 1979. Il représente désormais près de 90 % du budget des plus pauvres et, fait nouveau, 80 % du budget des classes moyennes."

"Si l’on regarde l’évolution de la pyramide des âges de l’Assemblée nationale, on constate qu’il existe des biais générationnels évidents. La pyramide des âges de 1981 était authentiquement intergénérationnelle et allait de très jeunes – Bertrand Delanoë, député à 30 ans – jusqu’à de très vieux – Marcel Dassault, 95 ans –, avec entre les deux un étalement important de la pyramide des âges.(…) Vingt ans plus tard, on constate une grande homogénéité de l’Assemblée nationale. (…) La crête des plus âgés disparaît progressivement et vous avez une variance qui diminue lentement, pour faire de l’Assemblée nationale avant tout un lieu de représentation des cohortes nées de 1939 à 1955 : depuis vingt ans, le pouvoir est de plus en plus « gris »."
 
Bref nous nous sommes habitués à toujours voir les mêmes têtes. Si ce n'est pas de l'immobilisme, ça ?! Percer dans le troupeau de tous ces vieux dinosaures inamovibles qui s'accaparent le devant de la scène? Même pas la peine d'essayer… 

Conséquences morales ?
Franchement, il y a de quoi bouder, non ?
Pourquoi ces nouvelles générations ne reflèteraient-elles pas au quotidien le blocage que leurs aînés opposent à leurs ambitions politiques, économiques ou sociales ?

Je vous le demande.

Qu'on ne me rétorque pas, comme nos figures publiques ne cessent de s'en gargariser que, peut-être, mais que c'est bien pire ailleurs et qu'on est les meilleurs. Les résultats (2008) d'une étude comparative réalisée par l'observatoire Ipsos/ Mondiale assistance sur les jeunes actifs (25-39 ans) dans 7 pays européens (France, Allemagne, Pays bas, Royaume Uni, Italie, Espagne, Portugal), prouvent le contraire.

Il en ressort en effet que 72% de jeunes actifs français déclarent qu'il leur est très difficile de négocier des augmentations de salaire, contre 64% en moyenne dans les 7 pays  étudiés.
De plus, malgré les 35 heures de travail hebdomadaires, les Français sont ceux qui déclarent le plus manquer de temps (64%), juste derrière les italiens. "C'est dire à quel point la vie de tous les jours des jeunes actifs italiens et français est source de difficultés, de tension, et probablement de  temps perdu…(…) Par ailleurs, on ne peut qu’être saisi par le désarroi des jeunes  actifs français : ils se montrent en effet extrêmement désabusés, 78% d’entre eux estimant que par rapport à la génération de leurs parents, leur vie quotidienne est devenue plus difficile (contre 61% en  moyenne). Ce sont les seuls à déclarer majoritairement (51%) que leur vie quotidienne est même « beaucoup plus difficile » que celle de leurs parents, signe d'un fatalisme très prononcé et inédit dans les  six autres pays. " (C'est moi qui souligne).
Inédit aussi le fait que, Hongrie mise à part, la France est le pays de l'OCDE où le taux de chômage des jeunes est le plus élevé ? Qu'en France 45% des précaires ont moins de 25 ans ?
En subventionnant les entreprises sans exiger de contrepartie à long terme, la foule de "plans jeunes" qui se succèdent depuis 30 ans (contrat de qualification, stage, contrat emploi solidarité, emploi jeune, CPE, CAE  et j'en passe) auraient-ils plus contribué à "précariser" qu'à "insérer" ?

Question de coût ? Ou, plus grave, de nivellement par le bas ?
Savez-vous qu'il existe en France une « armée de réserve » de plusieurs centaines de milliers de travailleurs qui n’ont aucun droit, pas même le droit à un salaire?" Ces scientifiques, juristes, commerciaux, gestionnaires (environ 800.000), jeunes diplômés ou seniors Bac + 3, 4, 5… sont légalement payés 30% du Smic, moins que le RMI, sous prétexte qu'ils ne seraient que des stagiaires (ou pigistes, ou....)
Dîtes-moi : on vit comment avec 380,00 euros par mois ? 

Et ce pays,  qui par le biais très silencieux de la paupérisation s'attaque à tout ce qui pense,  ose encore se présenter comme le fleuron de la rationalité mondiale ? 

Désolée pour ceux qui croient encore que la France est un "grand pays", envié par tous les autres. Il a eu son heure de gloire, certes. Mais deux siècles et des poussières plus tard, ce pays est perclus de rhumatismes, et n'avance qu'à grand peine. On peut d'ailleurs chiffrer son taux d'inactivité : 4.472.400 chômeurs en décembre 2008, auxquels il faut depuis rajouter quelques centaines de milliers de plus.  
En gros on arriverait à 11% en 2009 selon cet article du 17/09/09.
Sans parler de la dette monstrueuse que les générations du baby-boom vont laisser à leurs descendants. 
 
Quoi d'étonnant à ce que pour compenser ces désagréments du grand âge, il ne cesse, comme les très vieux, de radoter sur sa glorieuse et fort lointaine jeunesse,  — "valeurs républicaines", "pays  de droit" and co - faute de pouvoir, ou vouloir, œuvrer ici et maintenant à la vivacité de ses valeurs fondatrices : la liberté, l'égalité et la fraternité ? 
      
Le pire c'est que ce triste dérapage avait été annoncé par la pub pour de l'eau minérale qui a sévi sur nos écrans il y a quelques années. 
Son caractère anthropophage m'avait choquée, effrayée et alertée.
L'eau était pleine de bébés souriants.
En la buvant, les vieux retrouvaient leur forme
et pouvaient s'amuser comme des gamins... 

 Dernièrement, à propos des nouvelles générations, mon amie a rajouté: "Ils claquent du fric à tout va. Ils s'endettent. Ils ne prévoient rien. À croire qu'ils savaient qu'il y aurait une crise majeure et qu'il valait mieux en profiter avant que tout s'écroule…"

Car, oui, quelque chose s'écroule. Mais quoi au juste ? Et pour aller vers où ? Au profit de qui ? Des dinosaures oligarchiques qui s'accrochent comme des arapèdes à leur cercle fermé ?

A part des gesticulations sur les paradis fiscaux, les parachutes dorées, les actifs toxiques, les salaires et compagnie, j'ai l'impression qu'un vide intellectuel sidéral plane sur le monde. 

________________
PS : Suite à un de mes post sur le site de la bulle-immobilière.org, une intéressante discussion sur les chiffres du chômage s'est mise en route, qui offre aussi des liens fort pertinents sur le sujet. 

PS : Je viens de trouver un article sur Le Monde qui confirme
"l'image négative que les Français ont des jeunes" . On pourrait aussi poser la question dans l'autre sens (image négative que les jeunes ont des vieux). Et surtout se poser la question de l'origine de ces questions... 
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 17:28



...Petite méditation sur un malaise diffus...

C'est dimanche. Il fait lourd et bien trop chaud pour sortir. Une situation idéale pour entrer dans mon labo. Rideaux fermés, douce pénombre, précieux silence de ces moments de circulation réduite, fraîcheur d'après douche, chaleur d'un petit café…

Je reprends mon constat de base :  nous sommes "fatigués" par  les "petites" arnaques quotidiennes auxquelles nous nous heurtons tous au quotidien (abus souvent rebaptisés "erreurs informatiques", "normalité des courriers automatiques", mauvaises infos délivrées par les centres d'appel, y inclus institutionnels). Et, par les mensonges ambiants de plus en plus éhontés dans lesquels nous baignons.

En France, il suffit de lancer la conversation sur ce sujet, pour voir à quel point ces abus sont devenus d'une grande banalité. Ils font partie de notre paysage existentiel. Désormais, "c'est comme ça"...


J'en ai encore fait l'expérience hier soir au cours d'un dîner. Untelle a été facturée deux fois pour un produit, untel a dû se batailler à coup de déplacements, de RAR,  etc.,  pour faire respecter je ne sais plus quoi. Etc… Nous avons passé la soirée à nous raconter de multiples abus.

Mais au fur et à mesure que je tentais d'interroger les conséquences psychologiques et sociales de ces pratiques devenues banales, les réactions de mes interlocuteurs s'alignaient toutes sur le même principe.

 "Mais enfin atterris ça fait des années que c'est comme ça !" /  "Mais qu'est-ce que tu es naïve, tu n'as pas encore compris qu'"on"nous prend pour des cons" ? / "Mais tu débarques ou quoi ? On dirait que tu te rends compte seulement maintenant qu'on ne cesse de nous b… la gueule !"
 

Quels messages m'étaient ainsi été envoyés ?

Primo : encore s'étonner, encore s'offusquer de ces pratiques abusives est… naïf. Ce n'est pas signe d'une capacité maintenue à la résistance, d'une capacité maintenue à saisir les conséquences profondes et à long terme de la situation, d'une capacité maintenue à chercher et inventer des solutions, mais d'une sorte d'infantilisme prolongé.
Deuxio : ceux qui optent pour ce genre de perspective – "c'est comme ça, c'est tout"  se situent d'emblée (à l'inverse de moi) du côté de la lucidité, donc de l'adulte.
Et à cinquante balais, garder la position de "l'enfant", face à des "adultes lucides", implique une dose certaine d'humilité. Accepter de passer pour une naïve un peu con-con —, au profit d'un sens bien ancré de l'intérêt général (je précise, de l'intérêt général à long terme, j'y reviendrai à l'occasion), finalement c'est coûteux.

Conclusion : mes interlocuteurs ont discrètement, et probablement sans même s'en rendre compte, essayé de me faire taire, non pas tant sur les faits, qu'au contraire la conversation a permis à chacun d'exposer, mais sur le fond.

Pourquoi ?

Un "on" monstrueux, sournois et tentaculaire
En ré-écoutant bien les phrases qui m'ont été opposées (que l'on trouve par milliers sur le net), un fait discret me saute aux yeux : le "on" et le "nous". "On (qui ou quoi ?) nous (qui ?)  prend pour.... / "On" (qui ou quoi ?) ne cesse de nous (qui?)…

Concernant le "nous", la réponse me semble claire : vous, moi, lui, bref les citoyens lambda.

Mais le "on" ?

Quelle entité aussi indéfinissable que méprisante (prendre pour des cons), si ce n'est criminelle (nous b… ), de surcroît gigantesque puisqu'elle est capable de mépriser et violenter tous les citoyens lambda du pays et de la planète, ce "on" désigne-t-il ?

Vu les multiples exemples qui ont traversé la conversation, ce "on" désigne non pas un, mais l'ensemble des gros organismes (entreprises de téléphonie, de transport, grosses enseignes commerciales, marques internationales, médias, banques, services de santé, Etat (Poste, Pôle Emploi, Urssaff, Sécu,  Impôts,…) dont, grosso-modo, personne ne peut se passer,  et qui TOUS se permettent — de plus en plus, et de plus en plus effrontément — des pratiques mafieuses systématiques et quotidiennes à l'encontre de chaque citoyen lambda, c'est-à-dire de tous les citoyens pris un par un.

Des pratiques mafieuses si "petites" et apparemment si "involontaires" qu'on ne peut, a priori, en soupçonner les auteurs de le faire exprès (encore moins de connivence avec les autres), sans passer pour un adepte superstitieux des vieilles théories éculées du complot… 

Hier soir, alors que j'insistais sur le caractère systématique de plus en plus patent et éhonté de ces "petites" pratiques, les deux points de vue que voici se sont opposés : 

- Il n'y a pas de complot, c'est juste, que les jeunes qui travaillent dans ces boîtes n'en ont rien à foutre. Qu'ils répondent n'importe quoi ou font n'importent quoi, ne vérifient rien, ne se soucient pas le moins du monde des conséquences pour toi, qui ne savent plus travailler.
J'ai déjà, en partie, traité ce point de vue (cf Une France percluse de rhumatismes ou La France : excès de verticalité, défaut d'horizontalité).

- Tout ceci est voulu — rebelote "atterris ce n'est pas nouveau " depuis toujours une oligarchie mène le monde, "on" (qui?) le sait.   Ou, plus "soft", toutes ces boîtes (sous entendu chacune) ont intérêt à piquer du fric, à retarder des remboursements, à faire traîner. Il suffit de savoir compter : 20,00 euros par ci, 20 euros par là, au bout du compte ça fait combien ? Mille fois 20,00 euros font 20.000 euros, et dix mille fois  font 200.000 euros : c'est fort juteux à placer !

Certes, mais que l'on opte pour l'une ou l'autre version, tout ceci serait voulu par qui ou quoi ? Holding, groupes et sous groupes, marques sous marques et sous-traitants, publi-reportages, habile marketing ou tout aussi habile manipulation de la pensée dominante, qui décide de quoi dans ce maëlstrom ? 
Une image symbolique s'impose : l'hydre.

En tout cas, résultat de cette émergence monstrueuse (pour l'instant monstrueuse)  : un sentiment d'impuissance généralisé.

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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 13:00


 

J'ai le plaisir de vous informer que cet article est paru sur Agoravox
Il fait suite à « Ces voix qui nous asservissent en douce ».  
Initialement publié le 21/07/09, je le remets en avant pour les vacances.


Les multiples abus dont les gros organismes (y inclus les organismes d’Etat) ont fait leurs pratiques courantes, sont si « petits », si divers, si répétitifs — donc « usants » — et si habilement présentés comme problèmes individuels (c’est ma facture de téléphone, mon RAR) qu’il est très difficile, non seulement de leur opposer un front commun, mais, surtout, de « voir » qu’au travers eux ce sont tous les facteurs indispensables au vivre ensemble qui sont peu à peu détruits. Pourquoi ? Parce que les nouvelles socio-techniques qui les permettent sont si inédites que nous ne « ne voyons pas encore » que ce qu’elles mettent en place est très différent des formes d’abus classiques auxquels nous nous étions pour ainsi dire habitués.
 

Hots-lines et centres d’appels : destruction en règle du principe même du droit dans une société ou ce dernier est fondé sur l’écrit.

Quelle porte avons-nous ouverte pour que ces abus deviennent à ce point monnaie courante ? La petite recherche factuelle exposée sur ce blog impose le premier constat suivant : grâce à la multiplication des hot-lines et des centres d’appels nous avons peu à peu lâché les contrats écrits au profit de contrats oraux, ce dans une société où le droit ayant été traditionnellement fondé sur l’écrit, nous ne disposons pas (au contraire) d’une culture orale de la loyauté.

Ces contrats oraux n’étant fondés sur aucune preuve écrite et se passant à "huis clos" — sans témoin et sans tiers — donnent tout pouvoir à l’arbitraire.
 


Hots-lines et centres d’appel : destruction en règle de la sociabilité

Les contrats "oraux" qu’imposent ces nouvelles pratiques peu analysées, sont d’un type inédit. Ils sont en effet passés avec des "voix" sans sujet.

- Des "voix" inapprochables, intouchables, sans visage et sans corps.

- De pures "voix", anonymes : des voix sans identité fiable, leurs opérateurs se présentant en général sous pseudonyme.

- Des "voix" éphémères que le client ne peut retrouver, parce que remplaçables et remplacées à merci au fil des heures et du turn over.

- Des "voix" dont les porteurs, eux-mêmes "perdus" (et souvent exploités), sont dépossédés de leur responsabilité.

Résultat, le rapport humain est éliminé, sa continuité est détruite, l’identification de l’interlocuteur impossible.

Plus encore l’organisme impliqué devient illisible pour le client. (Où arrive son appel, géographiquement ? Mystère. Comment fonctionne l’organisme au juste ? Mystère : les "services" (correspondant à différents numéros) y sont tellement segmentés qu’il s’y perd. Contre qui ou quoi porter plainte, au juste, en cas d’abus ? Mystère…).

D’autant que une "voix" pouvant en remplacer une autre, "on" peut, au travers elles vous dire une chose et son contraire. A vous de vous débrouiller (seul) avec "l’information "fausse", "ignorante", "contradictoire" qui en émane.

En dématérialisant ainsi l’accueil, à la base de tout rapport social hot-lines et centres d’appel isolent les entreprises et les services dans un espace virtuel profondément a-relationnel…
 

Hots-lines et centres d’appel : destruction en règle de la parole donnée

Dans ces conditions la parole qui est délivrée au client n’appartient à personne, ne vient de personne, ne peut-être assumée par personne.

Peut-elle, dans ces conditions, être "donnée" ? Non, puisqu’il n’y a pas de donneur.

Peut-elle être "tenue". Non, puisqu’il n’y a personne pour la tenir.

Peut-on, dans ces conditions passer un quelconque contrat, même oral ? Non, puisqu’il n’y a personne avec qui le passer.Et pourtant "on" l’impose et le fait. Et, ce faisant, "on" impose l’arbitraire et l’abus. "On" nous y habitue petit à petit et pour tout.
 

Hots-lines et centres d’appel : négation en règle du contenu de la parole

L’argument qu’opposent les organismes gérant leur rapport clientèle via les hot-lines aux constats ci-dessus est le fait que les conversations sont enregistrées.

D’une part, c’est de moins en moins vrai (c’est facile à vérifier, la loi faisant obligation d’avertir quiconque d’un enregistrement de la conversation, l’enregistrement doit lui être annoncé).

D’autre part, exiger de "remonter" à la dite conversation implique pour le plaignant de pouvoir en indiquer la date et l’heure exactes, ainsi que le nom de la "voix" qui lui a répondu, ce qu’il "oublie" souvent de faire, ou qu’il note de façon erronée.

Enfin et surtout, les "contrats papier types" (encore) envoyés au client pour confirmation de la commande, du contrat ou de la réclamation en jeu ne leur correspondent pas du tout.

Mais il ne "faut pas s’en inquiéter, c’est normal, ce sont des "contrats-types", ne vous en faites pas… " Et nous avons tellement envie de pouvoir enfin nous appuyer sur quelque chose de fiable, tellement envie de nous épargner un RAR pour rectifier… N’est-ce pas ?

Sachant le lien indéfectible qui lie la loi, la parole et le tiers, quoi de plus dangereux que de s’habituer à un tel décalage entre contrat oral et confirmation écrite ? Ne rien faire contre n’est-ce pas implicitement souscrire à cette destruction pure et simple de la valeur fondamentale qu’est, pour l’humain, sa parole sans laquelle aucune relation n’est viable, aucun vivre ensemble possible ?

Les mensonges institutionnels et la langue de bois de plus en plus éhontés auxquels nous assistons sans grand moyen d’y mettre un terme, ne seraient-ils pas le symptôme d’une "habituation" aussi massive que discrète à une parole devenant littéralement "incroyable" ? 
 

Une tendance fort juteuse : "petits" abus font escroquerie massive.

S’exerçant au coup par coup, sur des "petites sommes", via des contrats individuels privés, cette forme récurrente d’escroquerie n’apparaît pas comme telle au niveau macro-économique et politique.

Il suffit pourtant de compter.
En faisant une moyenne plus que raisonnable (et sans doute bien en dessous de la réalité des pratiques) de, disons, 20,00 euros par an et par personne, et en ne comptant que la population active, soit environ 25 millions de gens, cela nous conduit pour ce qui concerne la France à 500 millions d’euros de bénéfice annuel.


Une tendance croissante : 

En France, en 2006, les centres d’appels, apparus dans les années 80, sont au nombre de 2620. Ils emploient 260.000 personnes, plus 30.000 environ en offshore. Or ce "marché français" ne représente que 17% du marché européen, contre, par exemple 32% pour la Grande Bretagne…

Il ne faut donc pas s’attendre à voir cette tendance diminuer, bien au contraire !

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  • : Un regard ethnologique et artistique sur les dysfonctionnements quotidiens en France, comme par exemple l'emprise dérégulant des hots-lines, les incessantes trangressions des règles, les solutions bloquées par la rigidité idiote des catégories administratives. Bref les raisons de la lassitude et de la passivité politique des Français.
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Bienvenue sur mon blog

La "dérégulation", une histoire lointaine ?
 Non. C'est au quotidien qu'elle s'impose !

De nouvelles pratiques sociales — notamment les hot-lines et les centres d'appels, ou l'usage administratif et commercial d'Internet, pour ne parler que d'elles — sont subrepticement devenues sources d'une multitude d'abus de pouvoir relativement invisibles, d'illégalités sourdes, d'arnaques silencieuses.

Ces "minuscules" dysfonctionnements génèrent un "aquabonisme" de plus en plus massif, une lassitude généralisée... Et, en ce domaine, la réalité dépasse souvent la fiction. 
Histoire de faire sauter les langues idiotes qui, bien souvent, soutiennent en choeur les imbécillités, les incohérences et le cynisme ambiant de cette "dérégulation" :

 - Les déboires d'Amada" racontent des faits significatifs. 
 - Le laboratoire d'Amada  présente des esquisses théoriques tirées pour la plupart des premiers (textes déposés). 
- AmadO's blues : un de mes amis s'agace avec moi de la confusion mentale généralisée. Je lui ai ouvert mon blog.
- Les articles Michaël Jackson sont des tentatives pour éclairer certains pans de nos sociétés  médiatiquement orchestrées (textes déposés.).
- Plus quelques notules, quelques textes fondateurs et des liens...

Bonne lecture !

A signaler

Argent, dette, intérêts : ouvrir les yeux !  
A.J.Holbeq: 150 millions par jour pour les seuls intérêts de la dette en France . Faits et chiffres à propos de ce racket
 

Une façon critique jubilatoire de lire le monde : Celle de P. Reymond.

Et vu du ciel astrologique, ça donne quoi ?

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Avril 2011 :Destruction herboristerie, phytothérapie, semences traditionnelles par l'UE.
Halte au massacre > Explications et Pétition 
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