Le froid est revenu. Cet hiver n'en finit pas.
Je sors prendre le courrier et là…. Flûte ! La Caf m'informe que mes allocations sont diminuées (sigle et diminution vont de pair, vous dis-je). Motif : radiation d'AntiChômDû et réinscription… Donc mon courrier simple et ma visite sur place pour "inscription rétroactive" n'ont eu aucune légitimité. Ou la préposée m'affirmant que ma demande avait bien été prise en compte m'a menti, ou le je-m'en-foutisme ambiant a fait le reste. Conséquence : allocations diminuées et perte définitive de droits sociaux. Sans RAR ni courrier, ni parole ne tiennent : effet de… quoi ?
Tant pis pour moi. Depuis le temps que je le sais, j'aurais dû écrire en RAR, c'est évident.
Enfin, c'est évident…
C'est évident mentalement, par calcul, par défiance.
Mais quid de notre humanité ? Quid de notre capacité de vivre ensemble en bonne intelligence.
Je sais, c'est idiot, la société est ce qu'elle est, personne n'y changera rien, se prendre la tête pour ce genre de choses est pure perte de temps. Zen attitude.
N'empêche, rétorquai-je mentalement à cette Zen attitude tout en attrapant clefs, papiers et blouson — direction la Caf et AntiChômDû — comment vivre bien dans une société où la parole ne tient pas, où il faut sans cesse tout vérifier, tout contrôler ? En passant son temps à faire des RAR et autres démarches du genre jusqu'à l'épuisement ? En faisant l'autruche ? En se repliant ? En bougeant le moins possible ? En baissant les bras ?
D'évidence, c'est ce à quoi on en est arrivé en France : l'immobilisme et le laisser tomber.
Qui vont d'ailleurs de pair et se renforcent mutuellement, c'est mécanique : plus je me heurte à ces dysfonctionnements plus je suis tentée de baisser les bras, ce qui leur laisse le champ libre. Et plus ils se répandent, moins j'ai la force de m'y opposer. Cercle vicieux.
Vicieux et délétère.
Tout en mettant le moteur en route, pendant un court moment, je me suis vraiment sentie "has been". C'est vrai, aujourd'hui la capacité de faire confiance - de faire simple - est plus une tare qu'une qualité. L'honnêteté aussi d'ailleurs. C'est presque infantile. Quant à la pensée, l'intelligence, la culture, une sorte de superflu…
Sur la route j'ai repensé à ce que, depuis quelques années déjà, ne cesse de répéter une de mes amies : "Les nouvelles générations se foutent de tout. Ils font mal leur boulot, ils n'en ont rien à foutre. Les conséquences, c'est pas leur problème…"
Point de vue trop englobant, évidemment. Mais ne reflète-t-il pas l'impression sourde que dans ce pays, il faut de plus en plus "repasser par derrière" à tous les niveaux ? Que quelque chose s'est profondément, structurellement, déréglé ?
Comment en sommes nous arrivés là ?
Telle est la question qui, ce matin là, m'a poussée à retourner dans mon laboratoire intérieur.