Un regard ethnologique et artistique sur les dysfonctionnements quotidiens en France, comme par exemple l'emprise dérégulant des hots-lines, les incessantes trangressions des règles, les solutions bloquées par la rigidité idiote des catégories administratives. Bref les raisons de la lassitude et de la passivité politique des Français.
Avant, dans ma ville, quand j'allais au Courrier Républicain, en général, j'y faisais plusieurs choses : j'y postais un ou deux RAR (je sais, c'est chronique), achetais quelques jolis timbres, parfois retirais un paquet, ou des sous. Ensuite, je suis partie à la campagne et j'ai continué de même dans les petites agences locales.
Et puis, l'autre jour, je me suis rendue au Courrier Républicain central de la ville où j'habitais, non sans plaisir d'ailleurs. Fouler à nouveau le pavé de rues familières, en reconnaître les odeurs, les couleurs, cela fait chaud au cœur.
Bref, je pousse la porte et là….catastrophe !
Je me retrouve devant une petite machine me demandant - certes silencieusement mais tout de même ! – de "tapez tant" pour ceci ou cela (recommandés, timbres, etc..). J'en suis restée sans voix. On avait copier-coller la hotline de Gaule Pigeons Voyageurs ! Pire, on l'avait concrétisée en dur !
Un double cauchemar ! J'ai dû faire la queue trois fois ! Une fois pour ceci, une fois pour cela, et une autre encore !
Je ne vous dis pas la rentabilité ! (Et qu'est-ce que les employés doivent se faire c…. réduits qu'ils sont ainsi à une seule tâche à longueur de poste !)
Chapeau pour l'intelligence managériale ! Wouahouh !
"Ou alors c'est pour décourager les gens d'aller au Courrier Républicain et supprimer carrément ce service public ? me suis-je demandée en entamant ma troisième queue. Comme ça ils ne pourraient même plus avoir recours au courrier recommandé avec accusé de réception ? Et comme ça tous les gros organismes pourraient mieux se serrer les coudes contre les petits emm… de mon espèce ?"
"Mais non, les théories du complot sont ridicules", me suis-je ensuite sermonnée tandis que la queue faisait une petite avancée.
Mais comme on piétinait de nouveau, la cogitation a repris. C'est vrai, quand on sait que Courrier Républicain et Gaule Pigeons Voyageurs étaient une seule et même boîte, on peut se poser quelques questions.
"Le seul problème c'est que les hypothèses qu'elles provoquent sont contradictoires…" m'avisai-je assez vite en me balançant doucement d'un pied sur l'autre pour alléger l'attente.
En effet.
D'un côté (pied gauche) : ce désastreux copier-coller de hot-line ne viserait-il pas à éradiquer Courrier Républicain au profit des multiples entubages opérés par Gaule Pigeons Voyageurs, le citoyen lambda ne pouvant plus s'en défendre à coups de RAR ? On va me rétorquer qu'on peut envoyer des RAR par le net. Désolée, mais tout le monde n'a pas le net, ne sait pas s'en servir ou n'en a pas les moyens ! Et puis mieux vaut éviter de foutre sa carte bancaire en ligne !
De l'autre (pied droit) : les tentatives d'entubage opérées par Gaule Pigeons Voyageurs n'auraient-elles pas, au contraire, pour objectif de pousser à une consommation débridée de RAR, histoire d'enrichir Courrier Républicain ? (Il faudrait calculer le nombre de RAR suscités par personne et par an par Gaule Pigeons Voyageurs. Je suis sûre que c'est plus que rentable !)
Bref, de micro-pas en micro-pas, me voilà en train d'osciller entre éradication (pied gauche) ou multiplication (pied droit) des RAR. Boudiou ! L'effet des queues répétitives sur le cogito !
Heureusement, c'est mon tour !
Et - Ouf!- la préposée ne me sort pas un enthousiaste et juvénile "Bonjour, vous êtes bien chez Courrier Républicain ! Marie Duchemolle, que puis-je faire pour vous ?".