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Un regard ethnologique et artistique sur les dysfonctionnements quotidiens en France, comme par exemple l'emprise dérégulant des hots-lines, les incessantes trangressions des règles, les solutions bloquées par la rigidité idiote des catégories administratives. Bref les raisons de la lassitude et de la passivité politique des Français.

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Michaël Jackson (2-4) : frontières brouillées, mondialisation, initiation



Dernier article de la série Michaël Jackson
.
Pour rappel : le thème de cet article n'est ni Michaël Jackson en tant que tel, ni la société "ordinaire", mais le miroir que le personnage Michaël Jackson tend à notre société médiatiquement orchestrée. (Afin de ne pas submerger ce texte de références je renvoie, pour Michaël Jackson, aux sources exposées en abondance sur le web ; pour le fond, aux œuvres d'Hannah Arendt, Norbert Elias, René Girard, Peter Sloterdijk et Paul Virilio).

2-4

Frontières brouillées, mondialisation, initiation

 

Michaël Jakson a été (presque) le premier artiste à utiliser la technique du morphing dans ses clips.
Or, comme nous allons le voir, sa vie est en elle-même un "morphing" incarné : l'exemple vivant d'une métamorphose individuelle,  d'un devenir "soi", bref d'un accomplissement (au sens propre : devenir "complet").
Ou, pour le dire autrement, d'une initiation.

***
L'homme est un "pont" entre la terre et le ciel, le bas et le haut:

Grâce au morphing , Michaël Jackson s'est, au travers de ses clips, visuellement transformé en monstre nocturne, en mort vivant, en ange, en panthère, et même en peluche, faisant ainsi sauter les frontières entre:
> les vivants et les morts (Triller, son plus gros succès mondial);
> l'homme et l'animal (
panther's dance);
> l'homme et l'ange, entre l'homme et l'Esprit (
You are not alone);
> l'homme et l'artifice (via Moon walker où il se tranforme en lapin en peluche).
Il nous a ainsi donné à voir l'homme comme un "pont" entre le ciel et la terre, pouvant relier en lui différents niveaux de conscience et d'existence,  ainsi que n'ont cessé de l'affirmer toutes les traditions spirituelles du monde. Sans oublier les mises en garde de ces mêmes traditions : l'artifice peut "prendre corps", ainsi que le rapportent l'histoire du Golem et celle de Pygmalion, par exemple.
 

L'homme peut (et doit?) devenir pleinement "humain".
Que dit-on au juste lorsque l'on dit de telle ou telle personne qu'elle est "profondément humaine" si ce n'est qu'elle rayonne une qualité de présence particulière auprès de laquelle chacun peut se sentir "chez soi" quels que soient son genre, sa couleur de peau, ses origines, son statut social, son apparence, etc. ? Une qualité de présence aussi précieuse que rare, ouverte à toutes les différences, celle des saints, des sages, etc...

Une qualité de présence que Michaël Jackson nous a aussi donnée à voir. Outre les liens entre le haut et le bas, le morphing lui a permis de lier entre elles les différentes facettes de l'humain (ex : Black or White) :
> l'humain blanc, noir, rouge, jaune, 
> l'humain homme ou femme.

Or Michaël Jackson ne s'est pas contenté de "morpher" cette humanité commune de l'homme. Il l'a aussi incarnée, faisant sauter, en lui, les frontières entre :

> l'homme blanc et l'homme noir;
> l'homme et la femme;
> l'âge et la jeunesse.

> ainsi qu'entre les différences culturelles et cultuelles au travers ses différentes "obédiences" religieuses — né dans une famille chrétienne, épousant une juïve, se convertissant à l'islam.
 

 

Devenir pleinement "humain" c'est aussi embrasser toutes les facettes psychiques de l'Homme.

On ne peut comprendre la peur, si on ne l'a pas éprouvée. On ne peut comprendre la colère, si on ne l'a pas éprouvée. On ne peut comprendre l'amour si on ne l'a pas éprouvé. Et comprendre c'est "prendre en soi", "faire sien", "contenir". Ainsi parlent les sagesses du monde, et l'icône de Michaël Jackson dont la voix lie :
> tendresse pure et rage totale ;
dont l'image lie :
> culpabilité et innocence;
> célébrité et isolement;
> gloire et misère.

***

Une métamorphose en "live" 
D’un point de vue plus socio-historique, on pourrait dire que c’est comme si l’ouverture et l’éclatement que la mondialisation impose à tous nos repères s’étaient incarnées en Michaël Jackson (et dans son œuvre) de A à Z.
Certes. Mais si cette « universalisation » peut être décrite en terme de catégories (mégalopoles et désert, animal et ange, couleurs de peau, genres, etc.) soit sous une forme spatiale, il ne faut pas oublier qu’elle s’est opérée pas à pas, sous une forme temporelle.

Ceux qui, en effet, ont suivi la carrière de Michaël Jackson ont pu assister à sa lente métamorphose. 
Or, grâce aux nouveaux types de mémoires (audiovisuelles) dont nous disposons aujourd'hui chacun peut revisiter cette lente métamorphose en accéléré : et là
on est devant un véritable morphing en "live"!  Là, il ne s'agit plus d'un artifice, d'une simple manipulation d'images. On assiste au processus de métamorphose d'une personne très spéciale nommée Michaël Jackson.

Spéciale en quoi ? En ce que plus elle s'est distinguée (devenue "unique"), plus elle s'est universalisée. Ce qui est la marque même de ce que le psychiatre C.G.Jung a appelé "processus d'individuation"  (autre nom de l'initiation psycho-spirituelle), où plus l'on devient "soi" (et non pas moi), plus on s'élargit.

 

Bref, Michaël Jackson s'est présenté et développé comme un être singulier, planétaire et paradoxal, c'est-à-dire humain. 
Comment ne pas s'y reconnaître un peu ?
La "mondialisation" qui sape nos repères et nos esprits de clocher au profit d'une sorte de mealting pot géant ne nous met-elle pas, tout comme lui, au défi d'un radical "devenir soi" (et non pas "moi") ?
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