Un regard ethnologique et artistique sur les dysfonctionnements quotidiens en France, comme par exemple l'emprise dérégulant des hots-lines, les incessantes trangressions des règles, les solutions bloquées par la rigidité idiote des catégories administratives. Bref les raisons de la lassitude et de la passivité politique des Français.
Pour rappel (cf intro) : le thème de cet article n'est ni Michaël Jackson en tant que tel, ni la société "ordinaire", mais le miroir que le personnage Michaël Jackson tend à notre société médiatiquement orchestrée. (Afin de ne pas submerger ce texte de références je renvoie, pour Michaël Jackson, aux sources exposées en abondance sur le web ; pour le fond, aux œuvres d'Hannah Arendt, Norbert Elias, René Girard, Peter Sloterdijk et Paul Virilio).
Ce troisième chapitre de la deuxième partie de notre étude sera présenté en trois grands sous-chapitres.
A- La pédophilie post-moderne comme expression du refoulé
B- La pédophilie post moderne comme adhésion au médiatique
C- Petite plongée dans les arcanes de la trinité "sexe, innocence et sérial violeurs" qui domine nos fictions policières.
— 2.3 —
Une société pédophile : entre culpabilité et innocence
Que l'on se penche sur l'enfance et la vie de Michaël Jackson et le paradoxe qu'il incarne (voir article précédent : une star surmédiatisée aux enfants non médiatisés) se mue en vive mise en garde.
B - La pédophilie post-moderne comme adhésion au médiatique
Enfant idéalisée, enfant livré.
En effet, autant l'enfant "sacralisé" tend à être surprotégé du monde profane, autant l'enfant socialement idéalisé y est au contraire complaisamment "exposé" comme "objet d'admiration idéal", ainsi que le fut Michaël Jackson propulsé sur la scène publique dès l'âge de 11 ans.
Or combien de parents jettent-ils depuis quelques années leur progéniture en pâture à des émissions télévisuelles ou à des concours publics plus ou moins douteux comme, par exemple, ceux des "Little miss" qui font un véritable tabac aux Etats-Unis, que l'on retrouve en France, et partout.
Ces adorables miniatures de nous-mêmes, en tous points parfaites, performantes et battantes, ne nous flattent-elles pas au plus haut point ?
La dernière mode, celle des enfants de stars qui sévit depuis une dizaine d'années en est une preuve aussi flagrante que terrible.
Enfance idéalisée, enfance vendue…
Plus globalement, notre société n'a-t-elle pas fait des jeunes classes d'âge l'un des marchés mondiaux les plus juteux de la planète? N'a-t-elle pas instrumentalisé leur image pour vendre le plus possible tout et n'importe quoi, ce qui est clairement une forme moderne, ludique et indirecte de prostitution enfantine ?
La dernière publicité d'Evian ne suggère-t-elle aux adultes que nous sommes, que la meilleure façon de recouvrer sa jeunesse est d'avaler les bébés dynamiques que cache son eau miraculeuse ?
Plus encore, notre société va-t-elle pas jusqu'à fouiller dans les embryons, en quête de cellules souches pour se rajeunir, se cloner, se rendre immortelle ?
… et enfant marchandise…
En érigeant, par ailleurs "le désir d'enfant" en une sorte de droit psychique inaliénable, ne s'est-elle pas autorisé à faire de l'enfant un objet que chacun peut s'offrir grâce aux techniques sexuelles de la fécondation in vitro, des banques de sperme, du "don" d'ovule, des mères porteuses ?
… tendances que Michaël Jackson incarne autant qu'il les déjoue.
Le Roi de la Pop a usé de cette étrange possibilité : ses trois enfants seraient tous issus de mères artificiellement inséminées, dont, pour le dernier, une mère porteuse.
Mais du même geste, il en a discrètement dénoncé — en la refusant — l'intention possessivo-narcissique qui sous-tend nos pratiques : aucun de ses enfants n'est de SON sperme. Ses enfants ne sont pas SA descendance, mais, en somme, les enfants qu'il a choisi d'adopter… Et, même si certains esprits ont supposé qu'il s'était pour ainsi dire refait une virginité en devenant papa, du moins aucun de ses enfants ne lui a servi de faire-valoir, aucun n'a été livré à l'avidité médiatique…
Ce qui n'est le cas ni de Tom Cruise, ni de bien d'autres, dont les enfants, au contraire, font la une de la mode.