Un regard ethnologique et artistique sur les dysfonctionnements quotidiens en France, comme par exemple l'emprise dérégulant des hots-lines, les incessantes trangressions des règles, les solutions bloquées par la rigidité idiote des catégories administratives. Bref les raisons de la lassitude et de la passivité politique des Français.
Il faut écouter très attentivement la langue dominante : elle est prophétique.
Il y a des années, je m'étais inquiété de l'apparition massive de l'expression "donner des emplois".
"Donner" des emplois ? Alors qu'il s'agit d'un contrat ou l'un "donne" son temps et ses compétences, et l'autre de l'argent en échange. Donner des emplois, comme si l'un donnait et l'autre recevait, alors qu'un contrat de travail c'est donnant-donnant ? Que venait faire cette terminologie de la charité dans un contrat commercial ?
C'était quoi l'idée ? Que les chômeurs étaient de "pauvres gens", auxquels des "riches gens" devaient faire l'aumône d'un travail ?
Pour les travailleurs, employés, salariés, c'était de très mauvais augure...
D'accord cela a pris 10-15 ans mais on y est. Les chômeurs sont maintenant invités à travailler pour rien.
Vous n'y croyez pas ? Et bien c'est déjà le cas en Allemagne : des profs de fac à 1 ou 2 euros de l'heure (plus ou moins la rente versée à ces machines nommées horodateur). Et, maintenant, en France, les périodes d'essai précédant une validation définitive de contrat, ne sont plus rémunérées.
Objectif officiel : vérifier que le travailleur correspond bien au poste.
Des agences de service, chargées de cette tâche de vérification, elles, touchent 2 euros de l'heure par travailleur. Elles, elles gagnent de l'argent, preuve qu'elles travaillent, elles, n'est-ce pas ? C'est bien là l'équation véhiculée par la nouvelle formule en vogue "travailler plus pour gagner plus", non ? Si tu gagne plus c'est que tu travailles plus. Si tu gagnes moins c'est que tu travailles moins. Donc l'agence de placement travaille, et le travailleur à l'essai, non. Puisqu'il ne gagne rien, lui. (Pas étonnant, au départ c'est un "assisté", pardon un chômeur).
Et voilà.
A force d'en faire des "bénéficiaires" de cette "charité" sociale qui consiste à "donner" des emplois ou à concevoir l'assurance chômage comme "don" d'un Etat Providence et non d'une redistribution des taxes sur le travail pour couvrir la période chômée, on a fini (il suffit de lire les forums) par considérer les chômeurs comme des bons à rien, des assistés, ou carrément des parasites, vivant aux crochets de nos impôts. Que ces mêmes impôts servent à payer 2 millions d'euros/an des supers travailleurs comme Proglio ne choque par contre personne. Lui, vu son salaire, c'est évident, il travaille beaucoup. Donc il gagne plus que les faignasses qu'au fond nous sommes pratiquement tous...
C'était pour rigoler. Je voulais dire : que nous sommes pratiquement tous DEVENUS puisqu'en France les salaires ont baissé de plus de 9% (tandis que la rentabilité boursière montait d'autant)...