Un regard ethnologique et artistique sur les dysfonctionnements quotidiens en France, comme par exemple l'emprise dérégulant des hots-lines, les incessantes trangressions des règles, les solutions bloquées par la rigidité idiote des catégories administratives. Bref les raisons de la lassitude et de la passivité politique des Français.
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Depuis que l'huissier a, en direct et sans aucun justificatif, prélevé sur mon compte les 205,70 euros dus à Gaule Pigeons voyageurs près de 10 jours ont passé. Je fais donc le 01.41 pour vérifier que ma ligne est débloquée.
Et bien non ! Bon. Je tape donc 2 pour le service recouvrement.
- Tant que l'huissier ne nous aura pas réglé, "on" ne peut rien faire Madame.
Ok, j'appelle l'huissier, tombe sur une plate-forme, "on" me rappellera.
Je m'adresse donc à HuisPV
- Tant que l'huissier ne nous aura rien envoyé, Madame…
Re-téléphone à l'huissier. Re plate-forme. Je n'ai pas lâché, j'ai réitéré l'appel 4 ou 5 fois.
Je tombe sur un monsieur qui m'explique — de ce ton de secrétaire de Président importuné par une gamine de sixième qui semble décidément avoir remplacé les règles élémentaires de la courtoisie dans ce pays – que l'office n'a pas que ça à faire, qu'ils ont des tas de dossiers… talala, talala. Cette sorte de compétition orale à qui est le plus débordé fait à ce point partie du paysage social français, la teneur et le déroulé de ce type de discours sont si prévisibles, que je n'écoute même pas. J'attends simplement que la tirade arrive à sa fin. Et là je glisse :
- Oui, je sais, j'ai assisté en direct au prélèvement opéré par votre office sur mon compte : 3 secondes.
Un court silence brise miraculeusement l'agressivité de mon interlocuteur. Mais sans doute vexé d'avoir été mouché par les faits, il réussit, ton de secrétaire importuné aidant, un formidable volte-face : "De toute façon on vous a dit 10 jours Madame ! Et dix jours c'est demain, pas aujourd'hui !"
Rabrouée comme une gamine capricieuse et comprenant qu'il n'y aurait rien à tirer de plus d'un individu pris en flagrant délit de mauvaise foi, je le salue (bien bas, histoire de le ramollir pour la suite) et rappelle HuisPV.
Mais, cette fois, au lieu de m'appuyer sur la loi, le droit, les procédures, le respect, etc., j'explique — d'un ton qui frise, mais à peine, il faut savoir doser, la pleurnicherie — que cette histoire risque de me faire perdre mon travail et que je ne sais plus quoi faire (sous-entendu il n'y a que vous qui puissiez me sauver). Et là, miracle.
- Bon. Donnez-moi votre numéro de dossier, et les données bancaires relatives au virement. Je leur envoie un mail tout de suite.
Je me répands en remerciements, insiste un peu sur le "je peux compter sur vous pour le suivi de mon dossier ?", elle me rassure, "oui, Madame, vous pouvez compter sur moi", nous nous saluons. Je raccroche.
Ouf, cet après-midi passée au téléphone, aura peut-être quelque résultat.
Mais grâce à quoi ? A une ruse psychosociologique ?
On en est là, oui.
Pourquoi ?
Il est temps que j'aille faire un tour dans mon laboratoire intérieur.