Le téléphone sonne. Je décroche. Je n’ai pas le temps de dire ouf qu’une
voix enregistrée (de femme bien sûr) m’annonce qu’il s’agit d’un appel d’Electricité de Gaule pour, je cite : « madame (petite pause, bref changement de voix, celle-là plus robotisée) Coco Brigitte ». Ce n’est pas moi. Je raccroche.
Une demi-heure plus tard, rebelote. Je raccroche.
Une demi-heure plus tard, rebelote. Je raccroche.
Une demi-heure plus tard…
Je sais, c’est lassant. Donc je finis par accepter la suite. La voici ;
« Si vous êtes madame (petite pause, bref changement de voix, celle-là plus robotisée)
Coco Brigitte, appuyez sur la touche je-ne-sais-plus-combien de votre téléphone. »
Et d’une, je ne suis pas madame Coco Brigitte, et de deux je n’aime pas qu’on me donne des ordres, encore moins si c’est une machine qui le fait. Bref, je
n’appuie pas. Et bien bonjour la suite !
« Si vous n’êtes pas « madame (petite pause, bref changement de voix, celle-là plus robotisée) Coco Brigitte », vous devez appuyer sur la touche 2 de votre
téléphone. »
« Vous devez » ! ? Mais de quel droit une machine se permet-elle de faire la loi ? Excédée à l’idée que, de toute façon, ça va
recommencer dans une demi-heure, j’obéis (comme quoi la répétition bêtasse c’est bien plus puissant que ce que je croyais. A retenir).
Bon, donc, j’appuie et « ça » enchaîne :
« Si vous souhaitez qu’on vous mette en attente le temps d’aller chercher
« madame (petite pause, bref changement de
voix, celle-là plus robotisée) Coco Brigitte… »
Mais b…. de m…., je ne suis pas madame Coco ! Et, non, je
ne souhaite pas aller la chercher n… de n… !
…. « ou si vous souhaitez donner le numéro sur lequel l’on puisse vous joindre… »
Si je souhaite donner un numéro sur lequel on puisse me joindre ? Mais
pour quoi faire bon sang ! Je ne suis pas du tout concernée ! C’est un vrai traquenard ce truc ! Au secours !
«Si vous n’êtes pas madame (petite pause, bref changement de voix, celle-là plus robotisée)
Coco Brigitte , appuyez sur la touche 4 de votre téléphone. »
Et pof, me voilà ravie d’obéir ! Non mais on aura tout vu !
Inspire, expire, inspire, expire, calme-toi, c’est fini. Ouf.
Une petite demi-heure plus tard, le téléphone sonne et… C’est encore cette
satanée voix ! Mais puisque je viens de lui dire que je ne suis pas Coco Brigitte ! Je raccroche.
Une petite demi-heure plus tard, le téléphone sonne encore. Je m’apprête à
débrancher la prise lorsque je me rends compte que c’est mon autre téléphone (et oui, j’en ai deux, vous savez, le « normal » et le « 90 » quelque chose). Heureusement que je
m’en suis rendu compte ! C’était une amie dont j’attendais des nouvelles depuis un bon moment ! Ravie de l’entendre (et très soulagée d’avoir échappé au harcèlement de l’autre) j’entame
avec elle une joyeuse conversation.
Au beau milieu, le téléphone sonne. « Excuse-moi une minute » que je lui fais bêtement en décrochant le second combiné. Appel de ? EDG pour Coco ! Incroyable ! Je raccroche et raconte. Mon
amie se poile, évidemment. Ce que je comprends, mais bon, elle n’est pas à ma place. Et, une demie-heure plus tard, nous sommes de nouveau interrompues. Par ? EDG
Coco !
Je
vous épargne les répétitions qui ont suivi. Un coup je raccroche, un coup, je répond. En vain, ça continue. Jusqu’à ce que, prenant mon courage à deux mains je finisse par appeler la hot-line (à
mes frais s’entend). « Bidule Machin, me répond une voix enthousiaste et juvénile (de femme), que puis-je faire pour vous ? »
- Vous pouvez-me répéter votre nom ? je demande.
- Si vous voulez (légèrement ironique), j’entend, puis un truc compliqué que je fais répéter lettre par lettre pour le noter soigneusement, avant de préciser qu’il est
19h32 « nous sommes d’accord ? »
- Oui Madame. L’objet de votre appel ?
- Il y en a deux. Primo je suis victime d’un harcèlement téléphonique de
votre part, adressée à une certaine madame Coco Brigitte que je ne suis pas. Que dois-je faire ?
- Vous pouvez me donner l’adresse de cette dame ?
- Pardon ? Mais je ne la connais pas ! Comment voulez-vous
que…
- Si je n’ai pas l’adresse madame, je ne peux pas…
- Ecoutez madame Bidula Machina, j’épelle clairement à partir de mes notes,
légèrement menaçante, je ne peux pas vous donner cette adresse, ce nom m’a été imposé par vos machines. Donc je vous demande de bien vouloir « tracer » — c’est ainsi que l’on dit, je
crois — mon appel et ma plainte. Voici mon numéro de téléphone, xxxxxxxx.
Et j’ajoute :
- Ceci fait, comment puis-je me faire rembourser cet appel qui n’est motivé
que par un harcèlement injustifié de vos machines ?
- Ah et bien pour ça, il faut écrire à la direction, moi je ne
peux…
Etc. Donc, on me harcèle sans raison par téléphone et par machine (!) et pour être sûre d’arrêter le
« truc » (harcèlement, plus, ai-je soudain la crainte, une
élévation tout aussi injustifiée de facture) je dois perdre mon temps avec une coûteuse hot-line pour m’entendre dire qu’il faudra, pour me faire rembourser, aligner 5 euros pour un
RAR ?!
Et bien oui ! Nous en sommes là : à devoir subir des abus à tous les niveaux (abonnements télé, abonnements téléphoniques, etc).
Et, bien sûr, toujours pas de « class actions » autorisées en France. Histoire je suppose de perpétuer l’entubage permanent, la lassitude généralisée
(si les bras pouvaient nous en tomber définitivement, que ce serait juteux !), la servilité de tous et la
dérégulation en règle ! ?