Un regard ethnologique et artistique sur les dysfonctionnements quotidiens en France, comme par exemple l'emprise dérégulant des hots-lines, les incessantes trangressions des règles, les solutions bloquées par la rigidité idiote des catégories administratives. Bref les raisons de la lassitude et de la passivité politique des Français.
A peine ai-je emmenagé dans mon joli meublé, je reçois un RAR du ministère Public. Objet une amende forfaitaire majorée de 180,00 euros! Raison ? Après exploration un peu complexe du courrier : un excès de vitesse inférieur à 20km / heure pour une vitesse maximale autorisée de 50km/heure. Où ça ? Mystère. Dans ma ville, pas plus de précision que ça...
On m'y propose, si je paye dans les 30 jours — ou 45 jours par télépaiement — un rabais de 20%, ce qui réduit l'amende à 144,00 euros.
On m'informe aussi que cette amende, je cite " peut entraîner un retrait de point(s) de votre permis de conduire".
Heu…. C'est-à-dire ?
> " Peut" : à quelle condition ? Pourquoi ?
> Un retrait de "point(s)" : ha oui ? Combien de points ?
Ben pour le savoir, "vous pouvez accéder aux informations concernant votre permis de conduire auprès du service préfectoral de votre domicile."
Ah ok… On fait ce qu'on veut, si tu veux savoir quoi va te renseigner...
Bon, cela dit, de combien était l'amende initiale, dont la forfaitaire, éventuellement diminuable, est tirée ? Aucune information la-dessus ! Rien!
"C'est peut-être normal, essayé-je, de me convaincre. Tu es sensée avoir reçue la première". Sauf que ce n'est pas le cas.
Me voilà devant un gros problème, non ? Car de quels éléments puis-je disposer pour le prouver ? Aucun....
En plus sans ce chiffre je ne peux suivre la démarche préconisée au dos...
Mais que c'est pénible ces opacités !
Allez, ma petite, téléphone au téléphone indiqué.
J'y apprends qu'il est normal que je n'aie pas reçu l'avis de la première amende vu que ce genre de courrier n'est pas transmis par la Poste en cas de suivi de courrier. D'où qu'on m'ait envoyé le second avis en RAR…. Ah bon ! "Donc "on" savait que je n'avais pas reçu l'avis et "on" me majore l'amende dans mon dos." ai-je pensé par devers moi tout en me la bouclant afin d'obtenir d'autres infos, notamment la démarche à suivre, les pièces à produire, etc, pour faire une réclamation.
"Une lettre simple, avec photocopie de votre nouveau bail et un chèque de 68,00 euros, expliquant la situation suffiront" m'informe aimablement l'employée d'Etat à l'autre bout du fil.
Petite précision : "En RAR ?"
Réponse : "Oui, oui, il vaut mieux."
Je le "savais", hein ? Mais bon, c'est "officiellement" confirmé... Ok, je fais les photocopies, rédige le courrier en précisant que la démarche telle que je la présente suit, point par point, les indications téléphoniques données par le service du ministère public préposé aux appels, et me fend de 5,00 euros pour envoyer le tout…
Mon chèque est presque immédiatement encaissé.
Mais quelques jours plus tard, un courrier simple m'est adressé pour m'informer que ma requête n'est pas recevable. Motif ? Je cite : "Requête ou réclamation non recevable. Toute contestation doit être formulée au moyen du formulaire de requête en exonération ou de réclamation joint à l'avis que vous avez reçu, en respectant les formes et délais prescrits par la loi…"
Donc, soit je porte plainte pour grave défaut de conseil de la préposée du ministère public… Mais auprès de qui ? Et avec quelle preuve ?
Soit je porte plainte — c'est un peu pareil — pour abus institutionnel sur citoyen honnête par le truchement d'une rigidité administrative injustifiée… Mais auprès de qui ? Et avec quelle preuve ?
Soit quoi ? Rien...
Conclusion : se faire baiser par l'Etat et les services publics est devenu une pratique courante extrêmement bien rôdée.
C'est quand même un comble ! Car ce service est bien un "service public" ? Je veux dire qu'il est financé par nos impôts afin de servir l'intérêt général…
Ou je me trompe ?
Ou il s'agit de payer des gens pour se faire pomper, alors qu'ils sont théoriquement à notre service ? C'est vrai, face à une réponse aussi "bête", rigide, mécanique, et d'une mauvaise foi aussi crasse que celle que je viens de recevoir, il y a de quoi douter du respect de la République, et par la République elle-même et par ses agents.
En attendant, moi, ça m'écrase et me ruine. Je n'ai rien pour me défendre. C'est violent. Point. Et banal...
Et on s'étonne de l'abstention ?