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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 19:37




- Allo, oui, bonjour, je vous téléphone pour un bien à la vente, affiché xx mètres carrés, xxx.xxx euros.

- Oui. Alors le/la responsable n'est pas là. Puis-je prendre vos coordonnées afin qu'il/elle vous rappelle ?

- Bien sûr, mais je voudrais juste savoir où se situe ce bien, je tente encore subodorant qu'il s'agit une fois de plus de tel ex-HLM, ou de tel autre, sans toutefois en être certaine.

- Non je ne peux pas vous dire. Mais je transmets votre demande et le/la responsable vous rappellera dès que possible.

- Vous ne pouvez vraiment pas me dire, juste où…

- Non, non, je ne suis pas au courant des dossiers. Mais j'informe le/la responsable de votre appel, Madame.

- Ok. Merci, cédé-je enfin, tout en doutant, comme à chaque fois, de la véracité factuelle de cette impossibilité de m'informer sur une donnée aussi basique.

 Je connais cette conversation par cœur. Elle est absolument standardisée. Ce n'est pas aussi rasant qu'une hot-line, ce n'est pas "tapez tant" ou "tapez tant", juste que "tant" ou "tant" n'est presque jamais directement joignable et que c'est systématiquement à moi d'attendre la disponibilité ou le bon vouloir de le ou la responsable. Combien de fois ne m'a-t-on jamais rappelée ? Et lorsqu' "on" l'a fait, combien de fois étais-je au volant ou occupée, ce qui obligeait à répéter tout le processus ?

 Heureusement, j'avais décidé de consacrer la matinée à cette pénible tâche. Je recommence donc avec le numéro suivant, espérant que les autres agences ayant mandat pour le même bien pourront me renseigner tout de suite.

- Allo, oui, bonjour, je vous téléphone pour un bien à la vente, affiché xx mètres carrés, xxx.xxx euros.

- Oui. Alors le/la responsable n'est pas là. Puis-je prendre vos coordonnées afin qu'il/elle vous rappelle ?

 Vous connaissez la suite.
Je ne me démonte pas, appelle la troisième agence.

- Allo, oui, bonjour, je vous téléphone pour un bien à la vente, affiché xx mètres carrés, xxx.xxx euros.

- Oui. Attendez, je vais voir si le/la responsable est là. Vous êtes ?

- Madame Amada.

- Ok, Madame Amada, je vais voir…

 Et plus personne. Je soupire, regarde par la fenêtre, envisage vaguement de me préparer un thé, quand une voix enthousiaste sort du combiné.

- Madame Amada ?

- Oui.

- Bonjour ! Je me présente Aurélia Truc ! Pour quel bien appelez vous ?

- Le xx mètres carrés, affiché xxx.xxxx euros. Je voudrais juste savoir où il se trouve exacte...

- Attendez, je cherche la fiche, interrompt-elle.

Et silence.
Et soupir de ma part. Non seulement je me sens un peu prise pour une conne — comme si l'agence avait, dans ce secteur, tant de nouveaux biens de même surface et au même prix à gérer, qu'en retrouver un dans sa base de donnée revienne à chercher une aiguille dans une botte de paille (d'où d'ailleurs, cqfd, que la personne à l'accueil ne puisse absolument pas répondre à une question aussi basique que la mienne) — , mais cela augure d'une suite si prévisible que j'en suis lassée d'avance.

 Ca me rappelle la fois où, j'étais passée à l'improviste à l'agence Renfloue pour y rencontrer en chair et en os la "responsable" que je n'avais jusque-là eue qu'au téléphone. 20 secondes tout au plus avaient suffi à me présenter et à  lui rappeler ma recherche et mon budget. "T3, telle ville, de préférence tel et tel quartier, tant de mètres carrés, soleil, calme, stationnement, si possible ni rez-de-chaussée, ni plus de 3 étages, faibles charges, pas plus de xxx.xxxeuros", je ne suis même pas sûre que ça prenne 20 secondes. Mais bon. Elle m'avait alors invitée à m'asseoir. Or j'étais pressée et vu mon budget et les prix de l'époque, elle n'avait probablement rien de nouveau. Mais, bien sûr, il lui était impossible de me répondre sans "faire une recherche." Je m'asseois donc. Et elle pianote un temps qui me paraît interminable sur son clavier avant de pouvoir me livrer enfin la conclusion attendue. 

- Désolée, non. Rien de nouveau. Nous n'avons que le T3 à xxx.xxxx euros dont je vous ai parlé l'autre jour.

- Bien, merci, ai-je commencé en me levant, légèrement agacée par cette ridicule mise en scène.

-Vous savez, ça vaudrait peut-être le coup de le visiter quand même.

- Non, merci. Il est hors de question que je mette toutes mes économies dans un ex-HLM, de surcroît aussi mal placé.

- Oui mais enfin, avec votre budget, vous ne pourrez pas prétendre à autre chose, vous savez… m'avait-elle alors rétorqué avec une certaine arrogance.

À moi, un tel mépris semble absolument contre-productif dans le cadre d'une relation commerciale. Mais je n'ai pas fait un BTS force de vente, ne suis pas une "professionnelle" — à peine une cliente — qui suis-je pour en juger?  Or, d'expérience, c'est une "technique de vente" caractéristique des agents immobiliers. Ces "pros" doivent bien avoir de bonnes raisons de traiter ainsi leurs clients. Non ?

- Oui, oui bien sûr… m'étais-je alors entendue lui répondre avec un sourire d'une exquise neutralité, préférant la jouer "à con, con et demi", que de perdre mon temps et ma salive à lui rappeler un marché en baisse.

- Madame Amada ? me ramène à la réalité immédiate la voix enthousiaste d'Aurélia Truc.

- Oui, réponds-je espérant encore un poil éviter le prévisible.

Mais dès les premiers mots — " Le bien pour lequel vous avez appelé est un T3…"— j'ai su que c'était peine perdue et qu'il faudrait bien des méandres avant d'obtenir la réponse à la seule question que j'avais posée —, il en très bon état, c'est un deuxième étage…

- Oui, oui, je sais tout cela, c'est sur l'annonce, l'informé-je avant de répéter bêtement ma question. Dîtes-moi où il se situe exactement.

Mais vu la technique d'esquive qu'elle avait utilisée, j'avais ma réponse : ancien HLM style BeauxYeux ou Trictrac au nord-est, Vitol, Loussane, voire Vert Boccage au nord, saint Bibi ou sainte Bébête au sud, etc. Ma courtoisie ne me permettant pas de couper court, je me suis résignée aux esquives à répétition auxquelles j'allais avoir droit.

- Vous connaissez la ville ?
Et d'une. 

- Oui, me contenté-je.

 - C'est au nord-est, dans un quartier très calme. Vous connaissez ?
Et de deux. 
J'abrège : C'est cité BeauxYeux ?

- C'est ça oui. Vous connaissez ?

- Oui et c'est bien ce que je craignais. Ok, merci, réponds-je pressée d'en finir avec cette fastidieuse perte de temps.

- Pourquoi ? Vous avez un préjugé concernant la cité BeauxYeux ? Vous savez, aujourd'hui, ce n'est plus ce que c'était il y a 10 ans et…

Ah, ça manquait, j'ai des préjugés maintenant ! Quand je vous disais que le mépris est une "technique de vente" dans le domaine immobilier !

- Je sais, je sais, la coupé-je d'une voix sophronique. Simplement je ne souhaite pas investir toutes mes économies dans un HLM.

- Mais pourquoi dîtes-vous que c'est un HLM ? Pas du tout, ce sont des privés qui vendent, vous savez et…

- Oui, oui, bien sûr,  coupé-je encore, toujours sophronique, mais c'était un HLM à l'origine.

- Ah bon ? D'où sortez-vous cette information, parce que moi…

- Mais de la Caf, tout simplement, coupé-je pour la troisième fois d'une voix plus sophronique que jamais. Je dois dire avec une certaine jubilation, ayant déjà eu maintes fois l'occasion de pointer cette "ignorance" d'autant plus injustifiée qu'il s'agit à chaque fois des mêmes résidences.

- Ah bon. Et bien j'ignorais que…

- Je vois. Bon, merci pour ce renseignement et…

- Que cherchez vous au juste ? Donnez-moi vos critères afin que je puisse faire une recherche pour vous — Traduction : afin que je fouille pour vous dans les milliards d'annonces que contient notre base de données — me rattrape-t-elle, imperturbable.

-  Ok. T3, de préférence tel et tel quartier, tant de mètres carrés, soleil, calme, stationnement, si possible ni rez-de-chaussée, ni plus de 3 étages, faibles charges. Et pas de HLM ou assimilés évidemment…

- Qu'entendez-vous par assimilés…

Mais ce qu'entend la langue française tout simplement ! Que l'on peut considérer comme semblables, équivalents, du même acabit, du même genre ! C'est fou ce défaut de maîtrise élémentaire de la langue française — ne pas comprendre une question simple, ne pas comprendre un mot banal  ! Après les banquiers, les agents immobiliers ! Et qui d'autre ?

À mon tour d'user d'une "technique". J'écourte avec le très banal et très politiquement correct, de surcroît auto-valorisant car je-suis-très-sollicitée-donc-importante, "Excusez-moi, on m'appelle sur l'autre ligne…"
Et stop pour aujourd'hui.

Heureusement que je me suis retenue de prolonger mon "C'est cité BeauYeux", par  un factuel "l'appartement qui est en vente depuis plus d'un an?", j'aurais en plus dû me taper du "pas du tout on vient de le rentrer", me suis-je félicitée, tout en m'en voulant un peu de m'être fait avoir par les nouvelles photos affichées sur le web.

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  • : Le blog d'Amada
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  • : Un regard ethnologique et artistique sur les dysfonctionnements quotidiens en France, comme par exemple l'emprise dérégulant des hots-lines, les incessantes trangressions des règles, les solutions bloquées par la rigidité idiote des catégories administratives. Bref les raisons de la lassitude et de la passivité politique des Français.
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  • Ethnologue, journaliste, écrivain.
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La "dérégulation", une histoire lointaine ?
 Non. C'est au quotidien qu'elle s'impose !

De nouvelles pratiques sociales — notamment les hot-lines et les centres d'appels, ou l'usage administratif et commercial d'Internet, pour ne parler que d'elles — sont subrepticement devenues sources d'une multitude d'abus de pouvoir relativement invisibles, d'illégalités sourdes, d'arnaques silencieuses.

Ces "minuscules" dysfonctionnements génèrent un "aquabonisme" de plus en plus massif, une lassitude généralisée... Et, en ce domaine, la réalité dépasse souvent la fiction. 
Histoire de faire sauter les langues idiotes qui, bien souvent, soutiennent en choeur les imbécillités, les incohérences et le cynisme ambiant de cette "dérégulation" :

 - Les déboires d'Amada" racontent des faits significatifs. 
 - Le laboratoire d'Amada  présente des esquisses théoriques tirées pour la plupart des premiers (textes déposés). 
- AmadO's blues : un de mes amis s'agace avec moi de la confusion mentale généralisée. Je lui ai ouvert mon blog.
- Les articles Michaël Jackson sont des tentatives pour éclairer certains pans de nos sociétés  médiatiquement orchestrées (textes déposés.).
- Plus quelques notules, quelques textes fondateurs et des liens...

Bonne lecture !

A signaler

Argent, dette, intérêts : ouvrir les yeux !  
A.J.Holbeq: 150 millions par jour pour les seuls intérêts de la dette en France . Faits et chiffres à propos de ce racket
 

Une façon critique jubilatoire de lire le monde : Celle de P. Reymond.

Et vu du ciel astrologique, ça donne quoi ?

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Avril 2011 :Destruction herboristerie, phytothérapie, semences traditionnelles par l'UE.
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