Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 17:28



...Petite méditation sur un malaise diffus...

C'est dimanche. Il fait lourd et bien trop chaud pour sortir. Une situation idéale pour entrer dans mon labo. Rideaux fermés, douce pénombre, précieux silence de ces moments de circulation réduite, fraîcheur d'après douche, chaleur d'un petit café…

Je reprends mon constat de base :  nous sommes "fatigués" par  les "petites" arnaques quotidiennes auxquelles nous nous heurtons tous au quotidien (abus souvent rebaptisés "erreurs informatiques", "normalité des courriers automatiques", mauvaises infos délivrées par les centres d'appel, y inclus institutionnels). Et, par les mensonges ambiants de plus en plus éhontés dans lesquels nous baignons.

En France, il suffit de lancer la conversation sur ce sujet, pour voir à quel point ces abus sont devenus d'une grande banalité. Ils font partie de notre paysage existentiel. Désormais, "c'est comme ça"...


J'en ai encore fait l'expérience hier soir au cours d'un dîner. Untelle a été facturée deux fois pour un produit, untel a dû se batailler à coup de déplacements, de RAR,  etc.,  pour faire respecter je ne sais plus quoi. Etc… Nous avons passé la soirée à nous raconter de multiples abus.

Mais au fur et à mesure que je tentais d'interroger les conséquences psychologiques et sociales de ces pratiques devenues banales, les réactions de mes interlocuteurs s'alignaient toutes sur le même principe.

 "Mais enfin atterris ça fait des années que c'est comme ça !" /  "Mais qu'est-ce que tu es naïve, tu n'as pas encore compris qu'"on"nous prend pour des cons" ? / "Mais tu débarques ou quoi ? On dirait que tu te rends compte seulement maintenant qu'on ne cesse de nous b… la gueule !"
 

Quels messages m'étaient ainsi été envoyés ?

Primo : encore s'étonner, encore s'offusquer de ces pratiques abusives est… naïf. Ce n'est pas signe d'une capacité maintenue à la résistance, d'une capacité maintenue à saisir les conséquences profondes et à long terme de la situation, d'une capacité maintenue à chercher et inventer des solutions, mais d'une sorte d'infantilisme prolongé.
Deuxio : ceux qui optent pour ce genre de perspective – "c'est comme ça, c'est tout"  se situent d'emblée (à l'inverse de moi) du côté de la lucidité, donc de l'adulte.
Et à cinquante balais, garder la position de "l'enfant", face à des "adultes lucides", implique une dose certaine d'humilité. Accepter de passer pour une naïve un peu con-con —, au profit d'un sens bien ancré de l'intérêt général (je précise, de l'intérêt général à long terme, j'y reviendrai à l'occasion), finalement c'est coûteux.

Conclusion : mes interlocuteurs ont discrètement, et probablement sans même s'en rendre compte, essayé de me faire taire, non pas tant sur les faits, qu'au contraire la conversation a permis à chacun d'exposer, mais sur le fond.

Pourquoi ?

Un "on" monstrueux, sournois et tentaculaire
En ré-écoutant bien les phrases qui m'ont été opposées (que l'on trouve par milliers sur le net), un fait discret me saute aux yeux : le "on" et le "nous". "On (qui ou quoi ?) nous (qui ?)  prend pour.... / "On" (qui ou quoi ?) ne cesse de nous (qui?)…

Concernant le "nous", la réponse me semble claire : vous, moi, lui, bref les citoyens lambda.

Mais le "on" ?

Quelle entité aussi indéfinissable que méprisante (prendre pour des cons), si ce n'est criminelle (nous b… ), de surcroît gigantesque puisqu'elle est capable de mépriser et violenter tous les citoyens lambda du pays et de la planète, ce "on" désigne-t-il ?

Vu les multiples exemples qui ont traversé la conversation, ce "on" désigne non pas un, mais l'ensemble des gros organismes (entreprises de téléphonie, de transport, grosses enseignes commerciales, marques internationales, médias, banques, services de santé, Etat (Poste, Pôle Emploi, Urssaff, Sécu,  Impôts,…) dont, grosso-modo, personne ne peut se passer,  et qui TOUS se permettent — de plus en plus, et de plus en plus effrontément — des pratiques mafieuses systématiques et quotidiennes à l'encontre de chaque citoyen lambda, c'est-à-dire de tous les citoyens pris un par un.

Des pratiques mafieuses si "petites" et apparemment si "involontaires" qu'on ne peut, a priori, en soupçonner les auteurs de le faire exprès (encore moins de connivence avec les autres), sans passer pour un adepte superstitieux des vieilles théories éculées du complot… 

Hier soir, alors que j'insistais sur le caractère systématique de plus en plus patent et éhonté de ces "petites" pratiques, les deux points de vue que voici se sont opposés : 

- Il n'y a pas de complot, c'est juste, que les jeunes qui travaillent dans ces boîtes n'en ont rien à foutre. Qu'ils répondent n'importe quoi ou font n'importent quoi, ne vérifient rien, ne se soucient pas le moins du monde des conséquences pour toi, qui ne savent plus travailler.
J'ai déjà, en partie, traité ce point de vue (cf Une France percluse de rhumatismes ou La France : excès de verticalité, défaut d'horizontalité).

- Tout ceci est voulu — rebelote "atterris ce n'est pas nouveau " depuis toujours une oligarchie mène le monde, "on" (qui?) le sait.   Ou, plus "soft", toutes ces boîtes (sous entendu chacune) ont intérêt à piquer du fric, à retarder des remboursements, à faire traîner. Il suffit de savoir compter : 20,00 euros par ci, 20 euros par là, au bout du compte ça fait combien ? Mille fois 20,00 euros font 20.000 euros, et dix mille fois  font 200.000 euros : c'est fort juteux à placer !

Certes, mais que l'on opte pour l'une ou l'autre version, tout ceci serait voulu par qui ou quoi ? Holding, groupes et sous groupes, marques sous marques et sous-traitants, publi-reportages, habile marketing ou tout aussi habile manipulation de la pensée dominante, qui décide de quoi dans ce maëlstrom ? 
Une image symbolique s'impose : l'hydre.

En tout cas, résultat de cette émergence monstrueuse (pour l'instant monstrueuse)  : un sentiment d'impuissance généralisé.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Yoyo 04/09/2009 13:50

Désolé pour le commentaire à réaction épidermique, j'avais visiblement mal compris.Je découvre votre blog au fur et à mesure, n'ayant pas lu tous les textes précédent il me manquait les éléments que vous citer.Je retourne lire, la prochaine fois je tournerais 7 fois mon clavier sur le bureau avant de commenter. 

Amada 04/09/2009 14:18


Bonjour Yoyo,

pas de problème. C'est toujours un plaisir
de débattre.
Bonne lecture ?
Cordialement
Amada 


yoyo 03/09/2009 14:10

"que les jeunes qui travaillent dans ces boîtes n'en ont rien à foutre"Vous faites là une généralité qui me semble exagéré. Le "rien à foutre" est une attitude indépendante de l'âge. Quand bien même il serait plus présent chez les "jeunes", que pensez alors des "vieux" qui sont sensé les encadrer mais manifestement ne le font pas (puisque le boulot est mal fait) ? Qu'eux non plus n'en ont rien à f.. ?C'est facile de jeter la pierre aux jeunes, et oublier qu'ils ont été éduqué par ceux là même qui leur jette. 

Amada 03/09/2009 14:19


Bonjour Yoyo,

merci pour votre commentaire et votre coup de gueule. Je le comprends.
Mais relisez bien. Tout d'abord je ne fais que rendre compte d'une opinion.
Ensuite, j'y ai répondu dans "Une France percluse de rhumatismes"... Où 
c'est un peu le contraire qui ressort...

Si vous avez cru que je jetais la pierre aux jeunes, j'en suis désolée pour vous,
pour moi, pour tous.

Cordialement
Amada.
 


Présentation

  • : Le blog d'Amada
  • Le blog d'Amada
  • : Un regard ethnologique et artistique sur les dysfonctionnements quotidiens en France, comme par exemple l'emprise dérégulant des hots-lines, les incessantes trangressions des règles, les solutions bloquées par la rigidité idiote des catégories administratives. Bref les raisons de la lassitude et de la passivité politique des Français.
  • Contact

Profil

  • Amada
  • Ethnologue, journaliste, écrivain.
  • Ethnologue, journaliste, écrivain.

Bienvenue sur mon blog

La "dérégulation", une histoire lointaine ?
 Non. C'est au quotidien qu'elle s'impose !

De nouvelles pratiques sociales — notamment les hot-lines et les centres d'appels, ou l'usage administratif et commercial d'Internet, pour ne parler que d'elles — sont subrepticement devenues sources d'une multitude d'abus de pouvoir relativement invisibles, d'illégalités sourdes, d'arnaques silencieuses.

Ces "minuscules" dysfonctionnements génèrent un "aquabonisme" de plus en plus massif, une lassitude généralisée... Et, en ce domaine, la réalité dépasse souvent la fiction. 
Histoire de faire sauter les langues idiotes qui, bien souvent, soutiennent en choeur les imbécillités, les incohérences et le cynisme ambiant de cette "dérégulation" :

 - Les déboires d'Amada" racontent des faits significatifs. 
 - Le laboratoire d'Amada  présente des esquisses théoriques tirées pour la plupart des premiers (textes déposés). 
- AmadO's blues : un de mes amis s'agace avec moi de la confusion mentale généralisée. Je lui ai ouvert mon blog.
- Les articles Michaël Jackson sont des tentatives pour éclairer certains pans de nos sociétés  médiatiquement orchestrées (textes déposés.).
- Plus quelques notules, quelques textes fondateurs et des liens...

Bonne lecture !

A signaler

Argent, dette, intérêts : ouvrir les yeux !  
A.J.Holbeq: 150 millions par jour pour les seuls intérêts de la dette en France . Faits et chiffres à propos de ce racket
 

Une façon critique jubilatoire de lire le monde : Celle de P. Reymond.

Et vu du ciel astrologique, ça donne quoi ?

Archives

Brèves

Avril 2011 :Destruction herboristerie, phytothérapie, semences traditionnelles par l'UE.
Halte au massacre > Explications et Pétition 
http://www.defensemedecinenaturelle.eu/